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THEOPHASTRE BOMBAST PARACELSE HERBARIUS HERBARIUS
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馬 Cheval

Message Posté le : Jeu 27 Aoû - 15:57 (2015)    Sujet du message : THEOPHASTRE BOMBAST PARACELSE HERBARIUS HERBARIUS Répondre en citant

THEOPHASTRE BOMBAST PARACELSE


HERBARIUS
 



De la vertu des plantes, des racines, des semences, etc.
 d'Allemagne, sa patrie et de l'Empire

 


(1526)



PROLOGUE


Parce que je vois que les remèdes de la Nation alle­mande sont importés à grands frais de pays lointains, avec beaucoup d'efforts, d'industrie et beaucoup de soins, j'en suis venu à me demander si ladite Nation allemande n'en possédait point de semblables et n'était en mesure de s'en sortir, sans l'aide des pays d'outre-mer, en usant des ressources de l'Empire.

Il s'est parfaitement avéré, et avec des arguments suf­fisants, que sur notre propre sol, nos propres terres et domaines, se trouve tout ce qu'il faut et même plus pour chaque maladie, indépendamment de notre atti­tude vis-à-vis de ces choses et de la manière dont nous nous les procurons. Et d'ailleurs, on en peut trouver en plus grand nombre et de meilleures qu'en Arabie, en Chaldée, en Perse ou en Grèce, en sorte qu'il serait avantageux aux habitants de ces contrées de venir se ser­vir chez nous plutôt que nous chez eux. Si bonnes sont-elles que l'Italie, la Gaule, etc. ne perdraient rien de leur dignité en y ayant recours. Qu'une telle chose soit demeurée cachée si longtemps, la faute en revient à l'Italie, cette mère de l'ignorance et de l'inexpérience ; car elle est parvenue à ceci : que les Allemands aient déprécié leurs propres plantes et préféré en faire venir d'Italie ou d'au-delà des mers. La cause en est qu'ils se sont préoccupés de leur intérêt et non de l'amour du prochain, penchant qui s'est entièrement, sinon en grande partie, éteint en eux. Il n'en est pas .moins vrai que les médecins allemands sont welsches (. Welsch ou Wàlsch signifie roman, romand, français, italien, Étranger enfin. Sous ce terme, Paracelse semble englober à la fois tout ce qui est latin, et, en même temps, tout ce qui est Étranger à l'Allemagne.) et qu'ils opèrent selon leurs maîtres weslches, faisant ainsi de nous, Allemands, des Latins, quand nous sommes alle­mands et n'avons rien en commun avec eux. Mais c'est parce que les livres viennent de Grèce, d'Arabie, etc. et sont fabriqués là-bas, qu'ils les ramènent et souhai­tent avoir les mêmes remèdes.

Ainsi donc, livres et remèdes proviennent d'un même nid qui n'est pas alle­mand ; et ils ne sont pas meilleurs pour les Allemands que ceux que possède l'Allemagne. Chaque pays produit sa propre maladie, son propre remède, son propre médecin. II est grand temps que les séductions wel­sches soient extirpées, tel un arbre qui ne porte pas de fruits. Cela me fait bien rire que les Allemands soient arabes, grecs, chaldéens et ne sachent pas l'allemand ; qu'ils veuillent des remèdes welsches et ignorent tout des leurs ; souhaitent des médecines d'outre-mer quand la meilleure pousse dans le jardin, devant leur maison.

Voyez donc, amis lecteurs, combien tout ceci est con­tradictoire : celui qui est presbyte regarde au-delà des mers et ne voit point ce qui se trouve sous son nez ; voit la paille dans l'oeil du voisin et non la poutre dans le sien propre. Ils bouffent les chameaux et laissent aller les puces, les entourent même de leur attention ; mais le chameau qui leur serait utile, ils le tuent. C'est ainsi que toute chose, par le biais de la séduction, devient une habitude, laquelle, chez de tels fantaisistes et de tels presbytes, n'est chassée qu'à grands efforts.
J'aurais pouvant supposé que les médecins alle­mands, tant est grand leur désir d'apprendre, comme celui d'être considérés, tiendraient compte du fait que pour beaucoup apprendre, beaucoup savoir et bien com­prendre, il faut visiter nombre de pays. S'ils avaient été tels, ils sauraient ce qu'à présent j'annonce : à savoir, la tromperie des marchands, épiciers et vendeurs qui ne reçoivent par la voie des mers aucune marchandise qui ne soit trafiquée. Semblablement, ceux qui la stockent et la revendent, autant que son état avarié le permet, renouvellent la tromperie. Enfin, celui qui l'introduit en territoire allemand et trouve son bénéfice chez ceux qui l'achètent, remet au malade son trésor corrompu.

A présent, lecteur, juge du mal que cela représente pour le mourant d'ingurgiter les produits falsifiés de pareils marchands, au moyen desquels il devrait guérir ! Mais voyons plus loin : quelle pagaille dans leurs remèdes ! Ces médecins allemands pour qui lα santé de leurs patients n'a guère d'importance, pensez-vous qu'ils soient aveugles au point de s'en occuper gratuitement ? Il faudrait du souffle si le remède était bon, mais s'il ne vaut rien, s'il est frelaté, mieux vaut n'en point parler. Mais ils ne s'intéressent qu'au nom seul ; qu'il en ait un et les voilà comblés ; tout va bien, ils ont tou­jours agi selon les convenances, sans rien gâcher, et sont persuadés qu'ils ont raison, même si en réalité et par pure sottise, tout cela n'est que tromperie et négligence d'incapables.

Mais sans entrer dans toutes ces considérations, laissons les médecins allemands être ce qu'ils veulent autrement dit, qu'ils se fassent welsches, hébreux, indiens, arabes. Personnellement, je procéderai dans ce livre de façon à ne faire état que des plantes, racines, semences et feuilles selon ce que j'en sais à ce jour de par mon expérience, d'une pan, et selon la théorie natu­relle qui enseigne la concordance entre choses sembla­bles, d'autre part ; le tout sans tenir compte des auteurs arabes, grecs, chaldéens, hébreux, etc. pour ne retenir que ce qui est allemand. Et j'ai espoir qu'Arabes, Chal­déens, Hébreux ou Grecs n'y pourront rien ajouter autrement dit, qu'ils ne pourront améliorer mon livre avec les leurs non plus que mes remèdes avec leurs remè­des. Je suis allemand, ils sont arabes, chaldéens, hébreux, grecs ; mais laissons aux actes prouver ce qui doit l'être.

Nombreux sont les Allemands qui ont décrit les plantes et ont consigné leurs observations dans un livre. Leur travail est semblable au manteau d'un mendiant aux multiples pièces réunies ensemble pour n'en faire qu'une seule ; en réalité, cela ne vaut rien, tombe en lambeaux, comme le manteau de mendiant qui lâche de partout. Et juste quand on en a besoin, il n'y a plus rien. Ces fous, ces suborneurs, ces donneurs de fausses indications et faux maîtres en médecine, je m'en moque ! Ils ne sont utiles à personne si ce n'est aux imprimeurs qui s'enrichissent et s'engraissent de leur cui­sine. Quant à l'acheteur, il tire un bien maigre profit de sa lecture, si toutefois il en tire un !

Et c'est ainsi que moi aussi j'ai entrepris de classer les plantes en parfaites formules afin que les malades y trouvent entier secours. Je reconnais bien que les sim­ples à eux seuls, malgré leurs vertus et pouvoirs, ne suf­firont pas ; il faut aussi l'arcane. II en résulte une double action : une menée par la vertu, l'autre par l'arcane (Dans son Paramirum, Paracelse dit lui-même L'arcane n'est pas une vertu mais une force et une puissance. » Cette force émane directement de Dieu. Ses propriétés sont spécifiques et per­manentes. Sa nature est de ‘ changer, restaurer et conserver les corps, précise Dom Pernety (Dictionnaire Mytho-Hermétique, Bibliotheca Hermetics, 1972)). L'arcane est ce qui existe, en tant qu'essence, sous une forme spécifique, et qui doit être maintenu dans l'ordre canonice sive regulariter (Canoniquement ou régulièrement. Canonice : allusion au "Canon medicinae" d'Avicenne) ; un tel processus doit être restitué en allemand et non en welsche.

Ainsi, je veux aussi dresser la liste des purgatifs, des anesthésiques et consacrer à chacun un traité particu­lier ; établir en outre pour chacun sa propre recette et sa parfaite curation, ainsi que je l'ai annoncé. La des­cription des plantes, j'en laisse le soin aux bons com­mentateurs ; je ne retiens que les noms et les vertus. C'est ainsi, lecteur, que je veux procéder ; mesure jusqu'où te plaît ce premier travail. Si je fais d'autres découvertes, je t'en ferai part. Adieu !




DE L'ELLÉBORE ΝOIR

Des feuilles de l'ellébore noir
Si l'on fait sécher les feuilles de l'ellébore noir à l'ombre, par vent d'est, et qu'ensuite on les réduit en poudre et les mélange à poids égal à du sucre fin et pur, alors on a le médicament tel que l'ont préparé les premiers philosophes de l'art médical lorsqu'ils ont com­mencé à se servir de ces feuilles. Mais prends note de la manière dont cela va être décrit maintenant. Ces très anciens philosophes, les premiers, ont joui d'une santé solide ; avec cette heureuse santé, ils sont parvenus à vivre longtemps. Pour en arriver là, ils ont eu recours à l'ellébore noir ; mais en outre, ils ont observé un régime adéquat ou une discipline corporelle, comme il convient à celui qui souhaite parvenir à une fin de vie décente. Mais ils n'ont commencé à se servir de ces plantes qu'à l'âge de soixante ans (selon l'année actuelle qui compte 365 jours) et en ont usé jusqu'à la fin de leurs jours. II s'ensuit qu'ils ont pu rester exempts de maladies et ont atteint leur dernier jour dans un corps sain.

Chez eux, pas d'apostèmes (Apostème ou αpostume, synonyme d'abcès), ni aux poumons, ni au foie, ni à la rate, ni ailleurs ; pas d'écoulements consé­cutifs aux interventions chirurgicales comme c'est le cas avec les plaies béantes, les écorchures, les chancres, la gangrène de la jambe (En allemand, Olschenkel. Un passage du Paramirum dit : "Und da soil et einem jeden semen stinkenden Ölschenkel löschen". Grillot de Givry traduit : "Et chacun l'oblige à éteindre une jambe pourrie et huileuse.") et autres choses semblables. Chez eux aussi ne se sont pas produits d'écoulements pouvant entraîner une mon subite — l'apoplexie, la podagre, la chiragre (La goutte, selon qu'elle se manifeste aux pieds ou aux mains) ou autres maux chroniques dans les hanches ou ailleurs, lesquels apparaissent communé­ment et quotidiennement chez tout un chacun dans leur forme chaude ou froide. De même les fièvres, quelles qu'elles soient et quelle que soit leur fréquence : quo­tidiennes, tierces, quartes ou plus [espacées]. Chez eux encore ne s'est formée aucune putréfaction provoquant puanteur d'haleine ou engendrant des vers. Et si je devais tout dire [de l'ellébore noir], il faudrait bien des pages pour en décrire les vertus.

Mais avec le temps sont arrivés les médecins humoralistes  (Humores-Xrzte : les médecins partisans de la doctrine des 4 humeurs préconisée par Galien.) qui ne respectent pas les secrets naturels mais préfèrent suivre leurs théories privées de fondement, ignorant les vertus véritables et naturelles. C'est eux qui ont inventé la purge, le clystère, les sirops, etc., et se sont permis de faire en un jour ce que les feuilles font en vingt ou trente ans. Voilà pourquoi cette plante est actuellement en discrédit, voire abandonnée au profit de la purge, du clystère, etc. En ce qui me concerne, j'ai à l'esprit qu'elle a été employée par beaucoup de rhumatisants, de morveux, de gros ou d'obèses, de pus­tuleux, selon les indications de l'ancienne classification — et ces gens ont entièrement restauré leur nature et ont acquis pareille santé, chose tout à fait impossible aux médecins humoralistes qui, du reste, n' y croient pas ; et ces derniers, s'ils sont convaincants en paroles ne le sont guère en pratique. Ces mêmes gens ont pris chaque matin, en une fois, et jusqu'à l'âge de soixante-dix ans, une demi-drachme (Quintlin, aujourd'hui Quentchen ou Quentein)  de ce remède ; puis, entre soixante-dix et quatre-vingts ans, une demi-drachme encore, mais le deuxième jour (Une par semaine, le mardi.) fin, de quatre-vingts à la fin, une drachme entière le sixième jour. Les prétendus médecins ne doivent pas s'étonner si la Nature est plus grande que leur art. Qu'est-ce qui peut se comparer aux vertus naturelles ? ! Celui qui ne les connaît pas ne connaît pas l'art. Cette plante [1'ellé­bore] renferme plus de vertus et de forces que les écrits traitant de la longévité qui se peuvent lire dans les aca­démies. Raison pourquoi je n'ai pas l'intention de réserver ce sujet aux seuls vieillards.
De la racine de l'ellébore noir
Apprends que la racine de 1'ellébore noir a le pouvoir de chasser quatre maladies : à savoir, l'épilepsie, la goutte, l'apoplexie et l'hydropisie. Maintenant, retiens bien ceci : que ces maladies sont graves, mais excellente aussi la vertu de la plante. Sache premièrement ce que tu dois comprendre en ce moment : lorsque le haut mal monte des membres à la tête, la rαcine peut être admi­nistrée selon la correspondance qui existe entre elle et la maladie. II en va pareillement pour la goutte, qu'elle se situe au-dessus ou au-dessous de la taille ; et bien que ce soit une maladie sérieuse, la racine aussi est sérieuse dans ses pouvoirs. Quant à l'apoplexie — qui frappe et paralyse un côté — la racine se sert de la même materia qui a provoqué la paralysie et ramène la vie dans le membre inerte. Même chose encore pour l'hydropisie : elle [la racine] tarit la source et ses affluents qui provoquent l'hydropisie ; et ce qui se déve­loppait là est éliminé. Voilà les quatre vertus de cette racine. De cela, il est indispensable d'expliquer l'emploi dans les maladies, comme je l'ai annoncé plus haut.
Explication sur la façon dont doit être administrée la racine dans chaque maladie


L'épilepsie

On doit extraire cette racine à la lune décroissante, sous le signe de la Balance, lequel convient le mieux à cette maladie ; puis on doit la faire sécher à l' ombre, par vent du nord, à midi, sous l'influence de Vénus. Les anciens avaient accoutumé d'utiliser le remède brut, sans rien y ajouter. Son utilisation est donc à décrire selon mon plan : à savoir, purger le malade trois jours avant que la maladie ne se déclare [tout à fait]. Pour le jeune, bouillie [la racine] dans du lait ; pour le vieux, dans du vin. La moitié d'une demi-once dans la bois­son, à prendre trois fois, et cela jusqu'au paroxysme de la maladie ; le tout à répéter plusieurs fois. Ainsi procédaient les anciens.


La  goutte


Il en va de même pour la goutte : comme dans le cas précédent, il faut purger trois jours avant la décla­ration [complète] du mal ; trois jours de suite aussi. Si tout se passe bien, l'effet n'est pas différent : le flux de la goutte se retire du corps entier en sorte qu'au moment du paroxysme, on ne ressent plus grand-chose. Mais c'était l'habitude, chez les anciens philosophes, de tant purger qu'ils extirpaient complètement la goutte, même la plus confirmée et la plus tenace, la plus invé­térée et enracine, au point qu'elle disparaissait entiè­rement avec le temps. Mais quand sont arriνés les humo­ralistes, ils ont voulu, avec leur art, faire plus en une heure que n'en fait la Nature en une année ; et comme on les a crus, alors, on a sapé la base de la médecine.


L'apoplexie

Pareillement aussi l'on doit savoir de l'apoplexie. Si elle est ancienne et confirmée, il faut purger comme il est écrit ci-dessus. Tant est puissante la racine qu'elle fouille jusqu'αux origines de la maladie ; et telle est sa nature qu'il ne se trouve pas une seule parcelle, dans le corps enfler, qu'elle ne pénètre. De même aussi a parlé Hippocrate, que pour les maladies suprêmes, c'est-à-dire les maladies fixes, il faut rechercher le remède semblable ; autrement dit, un remède qui soit aussi fort que la maladie. C'est ainsi : l'apoplexie est une des maladies les plus fortes, et cette racine aussi est forte qui à un même degré s'y oppose. II s'ensuit donc que le semblable trouve son semblable ; c'est pourquoi il faut toujours diriger le rigoureux contre le rigoureux.

Celui qui ne tient pas compte qu'une livre est égale à une livre ni que la moitié d'une once supplémentaire pèse déjà trop, celui-là ne guérira jamais un tel malade. C'est pourquoi on doit utiliser le remède selon la personne, la maladie, et selon l'opportunité.

L'hydropisie


C'est une chose bien connue qu'en l'homme monte une fontaine dont s'échappe tant d'eau que celui qui ne l'a jamais vue tiendrait cela pour incroyable — comme si Moïse, de son bâton, avait frappé le foie et qu'il n'en fût sorti que de l'eau (et la différence n'est peut-être pas si grande, puisque Dieu, à l'instar de Moïse, frappe avec un bâton). Mais comme d'un autre côté Dieu est miséricordieux, il donne le remède. L'un [de ces remèdes] consistera à purger une fois par semaine à l'aide de la racine qui ôte le superflu, en sorte que la pléthore cessera. Cet ellébore noir s'emploie donc contre 1'hydropisie afin que l'eau ne prenne pas le dessus et que, tout au contraire, elle l'évacue. Ainsi agira le médecin après considération de la maladie : il purgera plus, ou moins, selon que la nécessité l'exige. Ici donc a été montrée l'essence de ces racines d'après leurs vertus.

A propos d'autres maladies que celles qui ont été décri­tes et pour lesquelles cette racine est bonne


Lorsque l'épilepsie, la goutte, l'apoplexie ou 1'hydro­pisie sont dans un homme, il résulte de ces maladies principales des douleurs d'yeux, d'oreilles ou de dents, et ceci avec force symptômes et non d'une seule manière. Là où l'une de ces quatre maladies veut faire irruption, on trouve de tels signes, et même beaucoup plus. Car,quand arrivent les dégâts, ils ne viennent pas seuls mais en nombre, ainsi qu'il en est dans toutes les maladies. A présent, lorsque le médecin constate et com­prend — comme il devrait le faire — qu'une telle maladie peut survenir et se présenter avec lesdits prodromes, il ne lui reste rien d'autre à faire qu'à traiter ces prodromes au lieu de s'en prendre à la maladie elle-même ; de cette façon, elle disparaîtra.

En outre
Parce que la racine enlève du corps ce qui ne devrait point s'y trouver — ce qui revient à dire qu'elle enlève tout ce qui peut ou veut lui nuire — il s'ensuit que les menstrues des femmes peuvent aussi être expulsées par des mundificativa (De mundificare : nettoyer. Dans son Histoire des Plantes, L. Fuchs dit de l'ellébore noir qu'il évoque les fleurs menstruales, mis en pessaire... ces deux sortes d'ellébore ont quelque vertu détersive, (l'ellébore blanc et le noir. L'Histoire des Plantes, à Lion, chez Tibault Payan, M.D.LVIII). C'est ce qu'on trouve de meilleur pour elles. Même chose avec un fruit mort et molα (Le fruit mort, n'est autre qu'un foetus mort. Quant au mot  "molα", c'est le môle. La grossesse molaire ou hydratiforme correspond à la dégénérescence kystique des villosités choriale. Le môle est un oeuf humain pαthologique), avec les vers et autres excroissances. Mais, quoique pour provoquer les menstrues, l'avortement et l'évacuation des vers, les laxatifs ne soient pas toujours nécessaires, cette faculté est si remarquable en cette racine, plus qu'en toute autre — secret de la Nature qui ne pourra lui être dérobé — et elle est tout au contraire tellement de cette nature que par sa vertu elle chasse tout désagrément chez les hommes et les fem­mes, comme cela est indiqué au début. Et un médecin bien averti saura à quoi s'en tenir à ce sujet. Dieu sait, combien le meilleur docteur de toutes les universités alle­mandes pourrait, en toute sa pratique, se servir de cette herbe et de cette racine telles qu'elles sont en elles-mêmes ; il disposerait alors d'un art suffisant, plus qu'il n'en saurait trouver chez tous ses scribes et en lui-même. Cela, les actes en font foi.


Complément de Théophraste sur la correction de l'herbe et de la racine, etc.


Grande et merveilleuse est la vertu de l'herbe, et bien proche de celle du baume (D'après Paracelse, k baume est doué d'une corporéité extrêmement subtile. 11 préserve de la corruption.). C'est pourquoi l'on doit d'autant mieux rechercher le baume dans la feuille de l'ellébore noir. Et celui qui parvient à extraire le baume de l'herbe, autrement dit à transformer l'herbe en baume, tire des secrets de la Nature un trésor plus grand que tous les scribes n'en pourraient obtenir de tous leurs arts. Pour que l'herbe puisse être transfor­mée en baume, il est indispensable qu'elle se putréfie dans son eau propre, in therms fimi, et cela de façon bien étanche et scellée. Après quoi, il faut séparer l'humide de la substance putréfiée ; puis séparer cette substance des fèces et la réserver dans un récipient spé­cial. Le baume consiste donc en deux degrés d'humide et en 22 degrés de putréfaction. En ce qui concerne la putréfaction, il faut prendre la dose selon le degré ; en ce qui concerne l'humide, selon la quantité, à l'instar du premier processus exposé. Mais plus intense est l'effet si l'on répète l'opération en ajoutant une autre herbe (Un autre ellébore et non une herbe différente). Il est profitable aussi de l'absorber avec du sec, suivant la prescription de celui qui s'y entend.

Pour ce qui est de la racine, la correction de la formule est la suivante : on prendra une portion de viande, à savoir, un quarteron (Vierling : quarteron ou quart d'un cent ; vingt-cinq. Quatrième partie de la livre aussi) ; on mettra en plus une once d'eau de noix muscade avec cette racine [d'ellébore], une drachme de poivre long, de l'eau aussi, deux onces de cette racine coupées grossièrement et la viande bien hachée, le tout dans une urne bien fermée ; et redis tiller cela dans une eau bouillonnante pendant six heures (In die 6 Stunde, dit le texte : dans la sixième heure. L'édi­tion lαtinε traduit pat per sex horas : pendant six heures). On retire alors l'humide et on le garde ; le reste ne vaut rien. Donnez-en à boire en fonction de la maladie, du malade et de la nécessité, ni trop ni trop peu. En tant que médecin, tu dois le savoir toi-même. Ainsi purgeras-tu le mieux, de la plus utile et la plus efficace façon

Deuxième  complément de Théophraste

On vous a entretenus des quatre maladies principa­les qui sont guéries par cette racine ; et aussi de cette herbe dont on obtient la longue vie, comme cela a suf­fisamment été commenté. Apprenez à présent à parfaire les choses avec d'autres pouvoirs que ceux des plantes. On ajoute au baume de l'ellébore noir une once et un demi-scrupule de baume naturel et on mélange l'ensem­ble ; cela ne fait plus deux choses mais une, nul ne peut le contredire. Je dis cela parce que le baume qui tire son essence de l'ellébore n'est pas seulement un laxatif — ce qui est le cas de l'herbe — mais au contraire il retient. De plus, le baume naturel est un remède qui préserve de toute infection due aux astres, de la pleu­résie, de la peste, etc. Raison pourquoi il ne faut pas seulement en tenir compte à cause des maladies terres­tres, mais aussi à cause des maladies éthériques.

Cure compète de Théophraste touchant les quatre maladies principales


De l'épilepsie


Notez que l'épilepsie doit être guérie par la racine ainsi, autant que la purge peut aider, elle aidera (Purger doit bien sûr être pris dans son sens premier qui veut dire purifier, et non dans son acception moderne. C'est l'Eva­cuation des humeurs nuisibles, quel que soit l'appareil qu'elles encombrent et non seulement le tube intestinal). Il est beaucoup de plantes qui purgent l'épilepsie d'autres la jaunisse ; d'autres encore les rhumatismes, etc. En effet, autant de maladies, ou de genres de maladies, autant de genres de purges. Ainsi aussi avec l'ellé­bore. Et il ne suffit pas de purger, il faut quelque chose en plus : continuer la cure avec bonheur. Car bien qu'un vent puisse éteindre un feu, il reste les charbons. II s'ensuit qu'il faut, après chaque purge suffisante, observer l'ordre suivant : après Cura epilentica doit venir Essentia vitrioli. On obtiendra ainsi, chez les vieux et les jeunes, une cure parfaite. Mais toi, médecin, veille à ce que la purge soit faite selon sa règle, l'Essentia selon sa règle ; elle ne ressortit point aux apothicaires mais tout au contraire aux choses naturelles ; là se trouvent la dose et l'administration pour tout.

De la goutte du pied, de la main, du genoux, etc.


La meilleure cure pour la podagre est qu'elle seule soit purgée et non une autre. Entendez-moi bien : les humoralistes purgent les humeurs, et les humeurs ne sont pas la maladie. Humeur ou humeurs et podagre ou podagres sont toutes deux aussi distantes l'une de l'autre que le blanc l'est du noir. Voilà pourquoi ils ne purgent rien d'utile ; bien au contraire, tout cela est nuisible. Le mal qu'on appelle la goutte, on doit le purger, non les humeurs. C'est comme si je purgeais Jean quand il faut purger Pierre. Juge un peu : quelle pratique et quelle intelligence !
C'est pourquoi il faut bien remarquer que cette racine purge seulement la podagre et en est un remède. Purge donc, et fais-le suf­fisamment, car tu ne frapperas rien d'autre que la podα­gre et ses espèces. Si tu as bien achevé tout cela, alors, attaque-toi à la cure qui doit être faite avec l'Erse spe­cificato et l'Ente innato, autrement dit l'Oleitate sardi­miae et l'Animae animantatae (Suite de remèdes que nous n'avons pas pu identifier.), sur tous les membres, jusqu'à son terme que ta propre nature, à laquelle tu dois te fier, t'indique certainement ; ainsi seras-tu parfait dans la cure tandis que les humoralistes n'y enten­dent rien

C'est pourquoi le poète dit : "Nescit nodosam medi­cus curare podagram (Le médecin ne sait pas gué& la podagre noueuse.)" Celα, il l'a dit à l'intention des humoralistes, manifestant ainsi qu'ils ne sont cαpα­bles de rien et gâchent plus qu'ils n'améliorent.

De l'apoplexie.

De même purgera-t-on avec la paralysie jusqu'à sa guérison, selon ce qui a été indiqué. Cela, tu l'appren­dras de la Nature qui est le maître de tous les méde­cins. Lorsque tu auras terminé, prends alors la pommade d'Erse animato, comme il est dit dans le Lumen Expertum (D'après W.Ε. Peuckert, titre d'un écrit alchimique.) : Erse animatum ab esse animante (Le Lumen Expertum explique donc que l'Esse animatum est αinsi nommé à cause de l'animans, ce qui est animé); Oins, avec ce médicament, toute [la partie] du corps frappée [par le mal] ; et ne t'occupe pas de la peau [du malade] quand elle tombera. Continue jusqu'à ce qu'il ressente le troisième degré de chaleur dans les parties touchées. Après quoi, tu oindras avec l'Esse animato coniucto, comme le Lumen Expertum l'enseigne, jusqu'à lα fin du troisième degré de mobilité. Dès lors, laisse [le malade] aller seul, laisse-le utiliser les thermes naturels qui réchauffent et vivifient ; ainsi, tu guériras les raci­nes de la maladie jusqu'à la guérison complète de toute apoplexie, paralysie ou gutta (C'est l'apoplexie.), quelle que soit la façon dont elles se présenteront.
De 1'hydropisie
Avec 1'hydropisie, le processus est aussi le suivant que d'abord soit évacué le surplus d'eau. Une fois cette évacuation faite suivant l'ordre déjà enseigné, à l'aide de 1'ellébore noir, on commence la cure. L'évacuation elle-même ne constitue pas encore la cure mais l'expul­sion du superflu. La cure consiste à empêcher tout déve­loppement du mal. De telle sorte est cette cure que tu dois te souvenir de la teinture de fer qui seule agit. Tu en trouveras quelques formules dans le Lumen &pertum. Il faut aborder le quatrième degré de dessiccation ce qui est en dessous des degrés, la cure le refuse. La préparation doit être réalisée alchimiquement : l'apothi­caire n'y parviendra point avec son barbouillage. Par l'essence de Mars, tu empêcheras que le patient ne retombe malade. Fais-le donc, humoraliste ! Saisis l'occa­sion, âne welsche ! Quelle honte pour toi de ne pouvoir guérir 1'hydropisie parce que le bon coup de main te manque et que tu es et demeures englué dans l'igno­rance ! Apprends à suivre le boη chemin et non à errer dans le labyrinthe !


A propos d'autres maux dépendants des quatre maladies principales

Comme je l'ai déjà annoncé au début, bien d'autres maux accompagnent ces maladies : maux de dents, d'oreilles, de gorge, douleurs d'aisselles, etc. En effet, aucun malheur ne vient seul ; ainsi donc, il ne faut pas purger avec cette racine puis [aussitôt] utiliser la tein­ture de Mars. Et cela parce qu'elle contrecarre le déve­loppement de la matière peccante et empêche de faire ce que les signes indiquent pour l'avenir. Mais prati­que la purge d'après le calendrier des purges ; car annale laxativum signifie purger lorsque la maladie recommence à augmenter, soit avec la lune, soit avec le soleil, soit avec les signes ou autres choses semblables. La purge [répartie] sur l'année, en effet, ne se règle pas sur les 365 jours de 1' an, mais sur l'accroissement du paroxysme. Tu dois donc tenir compte de cette année-là pour rénover les corps, et tu les conserveras [en bonne santé] avec la teinture de Mars (Ce que Paracelse déclare à la fin du paragraphe précédent), selon la formule de ce remède et selon les exigences des mystères de la Nature.




DE LA PERSICAIRE


Si vous voulez connaître et comprendre le véritable principe de la persicaire, sachez d'abord que c'est une herbe qui convient aux plaies béantes des hommes et des bêtes ; qu'en conséquence, elle les guérit presque toutes. Et celles qui n'ont pu l'être par un autre remède et qu'on ne nomme plus plaies mais lésions, elle les guérit si l'on sait l'employer. Telle est la persicaire, en effet, qu'aucune autre herbe ne l'égale lorsqu'il s'agit de guérir hommes et bêtes. Ce qui est ouvert ou menace de s'ouvrir, elle le guérit. Le cheval, par exemple : les blessures causées par la selle, souvent si larges et si fâcheuses, qu'elles soient ouvertes ou sur le point de s'ouvrir, cette herbe les guérit sans aucun inconvénient, de sorte qu'on peut se servir du cheval tous les jours sans plus de lésions. Il en va de même pour l'homme s'il a de semblables tuméfactions, ou quelque blessure due au travail, à la main ou au pied, sinon en quelque autre endroit où un travailleur manuel peut s'en faire ; même chose pour ceux qui ont enduré la prison et dont les chαînes ont provoqué des entailles, ou encore pour les malades alités et qui souffrent d'escarres ; et pour bien d'autres qui ont aux jambes et aux bras des plaies béantes. Pour tous, l'herbe constitue le remède.

Vous devez comprendre que pour utiliser l'herbe, il faut procéder de la manière suivante : à savoir, pren­dre l'herbe et la tremper dans un ruisseau frais ; après quoi, l'étendre sur l'endroit à soigner, juste le temps qu'on mettrait pour manger la moitié d'un oeuf ; puis l'enterrer dans un lieu humide afin qu'elle pourrisse. Pendant ce temps, le mal guérit. Je dois faire remar­quer que beaucoup font des croix sur les lésions, ou réci­tent des prières : mais cela est inutile, n'a rien à voir, car il s'agit d'effets naturels obtenus de façon naturelle. Ni superstition ni magie ! C'est pourquoi il faut renon­cer à de telles fantaisies et procéder suivant l'ordre natu­rel. Alors, miraculeuse est l'herbe dans son pouvoir.

Il n'en est pas moins vrai que moi-même et d'autres ont ainsi guéri bien de ces lésions dont je viens de parler, convaincus que cette herbe verte et fraîche doit être trempée dans une eau courante froide ; et plus l'eau est froide, mieux cela vaut car [l'herbe] ne trouve sa correction que dans l'eau froide. Et c'est ainsi, mouillée et fraîche, qu'elle doit être appliquée sur les bles­sures, fixée par une bande. Si le pansement s'échauffe et brûle, s'il pourrit et dégage une odeur puante, il faut alors l'enlever et couvrir avec une nouvelle herbe. Puis on continue de cette façon jusqu'à la guérison complète. Ce que cette herbe ne guérit pas résistera encore plus aux produits qui arrivent par mer (Allusion aux critiques formulées dans le Prologue.).

Comprenez donc que les deux procédés [ci-dessous] se vérifient à la lumière naturelle ; que donc la Nature agit, non la magie. Le second procédé, celui du panse-ment quotidien, est naturel et suffisamment compréhen­sible en lui-même ; aussi ne le prouverons-nous ni n'en débattrons davantage. Mais le premier procédé que tous les scribes taisent et semblent ne pas entendre, je veux vous le démontrer par un exemple : à savoir, celui de l'aimant et de la petite aiguille de la boussole. Dans l'aimant réside une force qui, sans pied ni main, tire à soi le fer de manière merveilleuse. Si l'on veut qu'il attire l'aiguille de la boussole, il faut d'abord qu'elle soit enduite et rectifiée par lui (Aimantée, en somme.), en sorte que le ven­tre soit contre le ventre, et le dos contre le dos (Le ventre équivaut au pôle nord et le dos au pôle sud). Alors l'aimant attire le ventre de l'aiguille avec son ven­tre. Ceci est connu et confirmé et tout le monde le sait. C'est un mystère de la Nature, un secret, une magnale (Les grandes oeuvres de la Nature. "Sunt opera Dei", dit le Dictionarium Paracelri de Gérard Dorn), par laquelle Dieu montre ses prodiges dans la Lumière de la Nature.

Il y a donc dans la persicaire une nature similaire à la chair blessée, en sorte qu'elle agit sur la chair comme l'aimant sur l'aiguille. En conséquence, compre­nez qu'il faut en premier lieu établir une union : une concordance entre la chair de la blessure et cette herbe, de telle façon que la chair soit en contact avec l'herbe comme l'aiguille de la boussole avec l'aimant. Où que l'aimant se trouve, qu'il soit proche ou distant, l'effet se fait sentir jusqu'à la fin. Quand, chez l'homme ou l'animal, une plaie a été frottée avec l'herbe, ainsi qu'il a été dit, et que le ventre se trouve contre le ventre ou le dos contre le dos, et qu'ensuite on met l'herbe dans la terre, alors cette herbe agit merveilleusement jusqu'à la guérison.

Que personne ne s'étonne si l'on doit l'enterrer et l'alourdir d'une pierre et la bien couvrir. Parce qu'il y a une raison naturelle à cela : si l'herbe est verte et reste sur sa tige dans le jardin, elle est inactive ; car pendant qu'elle vit, elle oeuvre avec les astres et les astres avec elle, et, par une telle opération, n'est utile à personne. Mais si on la cueille, elle meurt et les astres cessent d'agir avec elle ; de même les hommes vivants n'ont plus rien à faire avec les morts. Mais à présent qu'elle est morte, la vertu pour laquelle elle a été créée et dont elle a reçu le sceau, passe dans l'homme. Et c'est une propriété de la Nature que son effet soit le suivant : aussi longtemps qu'elle reste entière, aussi longtemps dure son action. Exemple : l'homme, sur terre, a un travail quotidien qu'il doit accomplir ; et la somme de tous ses travaux n'est qu'un seul travail, un seul jour de travail. Lorsqu'il est achevé, l'homme meurt, la mort en est la clôture. Il en va de même avec l'herbe : elle doit guérir la plaie, c'est là son travail et elle s'y applique jusqu'à sa propre et complète décom­position. Là s'arrête son jour de travail et la plaie guérit. Donc, plus est tardif le pourrissement, plus tardive la guérison, plus long le travail. Mais si elle pourrit vite et que cela se passe dans la terre, son lieu d'origine et de croissance, la guérison est d'autant plus rapide. Voilà donc le but qui lui est assigné, et sa période, qu'elle guérisse à court ou à long terme. Que celui qui est pressé se hâte vers le pourrissement. Ainsi le cheval qui a devant lui un voyage d'un jour : il l'accomplira en fonction du cavalier, d'autant plus lentement ou rapidement.



Des autres maladies pour lesquelles la persicaire est bonne

Et la persicaire n'est pas seulement bonne pour ces maladies mais pour bien d'autres encore. Par exemple, pour les fistules dentaires (Fuchs dit de la Persicaire : "Son tempérament fait assez entendre que c'est une herbe propre pour les plages. Doncques c'est bien fait aux recens medeuns, d'en user pour la guérison des plages, mesme des fistules." (op. cit.)), si on la trempe dans une eau froide et qu'on l'applique sur la dent ; elle retire alors le mal de la fistule. Il n'empêche qu'on peut aussi l'enterrer, selon le procédé magnétique décrit plus haut. Mais, comme la décomposition est lente, l'usage ordi­naire veut qu'on recouvre seulement en renouvelant souvent. Beaucoup de ces maux de dents ont été guéris en enterrant l'herbe, si bien qu'aucune de ces douleurs n'a plus reparu ensuite.

On trouve aussi dans la persicaire une remarquable vertu narcotique, en sorte qu'elle calme et guérit les grandes chaleurs, celles qui provoquent la mort comme les maux de tête, les mania, les frénésies et leurs sem­blables. Ou bien quand le corps subit une maladie qui le consume au point que rien ne peut le secourir : là encore, la persicaire s'avère le meilleur et l'ultime moyen pour travailler de l'intérieur.

Il était en usage, chez les anciens, de lui prendre son acuité car elle est propre à modifier. On la faisait griller [l'herbe] dans la graisse ou dans l'huile, et le mordant, issu de son acuité, était extrait. Puis on la donnait à manger et l'effet commençait. En plus, il faut savoir que grâce à son pouvoir narcotique, elle a pu vaincre et ôter la fièvre, tout comme les difficultés res­piratoires, la toux, les tranchées de ventre et la suffo­cαtioη de la matrice. Il est aussi recommandé de l'appli­quer extérieurement sur la gangrène et sur toute lésion brûlante, seule, ou avec de l'eau de rose, en renouve­lant fréquemment.



Complément de Théophraste

Comme complément au premier point que je vous ai exposé au sujet de cette herbe et où l'aimant me ser­vait d'exemple, je veux vous présenter ici ma méthode, mes corrections et ajouts, afin que vous ayez un bon compte rendu sur la persicaire.

On vous a d'abord dit qu'il fallait prendre la plante et la tremper dans une eau courante, puis, telle qu'elle est alors, fraîche et froide, en frotter les lésions, etc., et l'enterrer enfin. Mais il faut aussi tenir compte de ce qui peut contrarier cela : par exemple, quand les lésions sont graves, difficiles à calmer et à dominer. Il s'ensuit alors qu'une addition est nécessaire, comme il est dit plus haut. Et voici la marche à suivre : si tu sens qu'une chose contrarie, ou du moins, si pour bien des raisons c'est là ton avis, agis comme tu l'as fait la première fois : trempe, frotte et enterre. Procède de la même façon le lendemain et le troisième jour, et si tu penses que c'est nécessaire, recommence plusieurs fois encore. Continue dix, douze ou quatorze jours de suite, davantage même et ne fais pas de pause — ainsi [les herbes] se décomposeront l'une après l'autre jusqu'à la guérison complète.

Note bien aussi la raison pour laquelle j'indique et enseigne ces choses : il arrive souvent qu'un cheval doive accomplir un voyage d'un jour et qu'en cours de route lui advienne un accident : une foulure, une crampe, la perte d'un fer, l'endommagement d'un sabot, un sou­dain malaise cardiaque, une trop grande absorption d'eau, etc., raisons suffisantes pour empêcher la poursuite du voyage. C'est pourquoi il est bon de disposer de plusieurs manières d'agir ; là où l'une ne donne rien, l'autre nous vient en aide, sinon la troisième, la qua­trième, la cinquième, la sixième, etc.

Apprends encore d'autres raisons : aux grandes maladies les grands remèdes. Il se peut qu'une seule fois ne suffise pas, comme dans bien des maladies ; purger une seule fois n'aboutit à rien, ni une seule portion

il en faut davantage. Dès lors, il faut travailler avec l'addition à laquelle j'ai eu recours, alors la maladie sera vaincue comme cela fut ressenti dans de nombreux cas. De vous-mêmes, vous devriez avoir assez de bon sens pour garder les lésions propres et pures quand elles sont sales ; car les maintenir dans la malpropreté empêche la guérison. Par ailleurs, l'exercice ne nuit en rien ; il est meilleur que le repos. Plus on se sert du membre blessé, plus on l'entraîne, et mieux cela vaut. Sachez encore que bien d'autres remèdes, commodes par-dessus le marché, peuvent être utilisés à cette fin. Mais rien qui contrevienne à la guérison. Autrement dit, n'agis­sez pas à la manière des barbiers et des donneurs de bains qui se prétendent tous gens avisés, intelligents et de grand savoir.

Mais ce que 1' ordre de la Nature pres­crit peut contribuer à la guérison et la hâter. Sachez encore que ce qui est guéri à ce point l'est à jamais. Cependant, rien ne se ferme de ce que la Nature n'a point décidé de fermer ; seul se ferme ce qui doit se fermer. Il en est comme des grands écoulements qui cherchent une issue il ne faut pas fermer, sinon, ce serait la mort. Mais ce qui ne se présente pas ainsi sera guéri par l'herbe. C'est pourquoi elle a une répu­tation que n'ont pas tous les médecins ; beaucoup, en effet, ont l'audace d'entreprendre des choses qui ne peuvent l'être ; beaucoup gâchent alors qu'ils pourraient prévenir à l'aide de l'herbe, par des moyens propres à la Nature. La Nature a probablement mis dans l'herbe beaucoup plus d'intelligence pour lutter contre la maladie qu'elle n'en a prodiguée à trois ou quatre docteurs issus de l'Académie.



Complément pour d'autres maladies

Ainsi que je l'ai dit, l'herbe est bonne pour les maux de dents. A condition qu'elle soit prise de la façon suivante : en faire un lavamentum dentium, la mettre très chaude dans la bouche et l'y laisser refroi­dir ; en reprendre, toujours très chaude, et recommen­cer plusieurs fois. Alors, le mal de dents disparaît.

Voici maintenant le processus : prendre de l'eau de rose, des racines de jusquiame et de cette herbe ; lais­ser le tout bien bouillir. On obtient alors le lavamen­tum ; et ce qui reste de l'herbe, on l'enfouit sous terre et on le couvre d'une pierre, comme il est dit plus haut. En vérité, si tu souffres d'un mal aux dents violent pro­voqué par la circulation du sang — et tous les plus gra­ves maux de dents sont tels — tu te frotteras les dents [ανec ce mélange] comme nous l'avons dit tout d'abord, puis tu l'enterreras et le couvriras d'une pierre suffisam­ment grande et lourde. Alors se produira le premier pro­cessus de putréfaction et il en irα de l'herbe comme du mal aux dents : l'herbe disparaîtra et la douleur s'en ira avec. Et seuls les ignorants s'étonneront de ce que cette herbe et cette maladie soient à ce point liées l'une à l'autre, car c'est là une coniunctio astralis et elemen­talis. De même la chaleur du soleil s'unit à la terre, de même la persicaire s'unit à la maladie. Et quand le soleil s'en va, la chaleur aussi. Ainsi en est-il dans notre cas, l'une est liée à l'autre.

A présent, à propos des autres maladies dont j'ai parlé, vous devez savoir que la correction de cette herbe concerne les maladies intérieures déjà mentionnées. On doit mélanger cette herbe avec de l'eau de solanées ou de l'eau de joubarbe et les laisser bouillir un peu ; puis on laisse refroidir et l'on boit ; enfin, on enterre l'herbe ainsi que nous l'enseignons plus haut.

Même chose pour les maladies extérieures, mais on ajoute du camphre.

Mais il y a encore une chose en rapport avec la persicaire, qui dépasse, toutes celles que nous avons déjà signalées. Mais parce que je traite ici des naturalia en me mettant au niveau de l'homme commun, je ne veux pas m'élever, mais rester simple. Merveilleuses pourtant sont les magnales de Dieu ! Qui peut les pénétrer tota­lement ? Les humoralistes ont dissimulé les vrais secrets et n'ont apporté au monde que leurs ordures. De la Sophia, ils ont fait une tromperie ; ils ont broyé la petite perle de la Nature, tout comme ils continuent à le faire à présent. Oubliant que la Nature est elle-même la magnale, ils voudraient l'être à sa place. De leur tromperie, il résulte qu'il ne faut rien dire de la perle. En effet, s'ils ne peuvent rien au grand jour, que feraient-ils dans le secret ? Combien restent couchés, malades pendant des années quand ils pourraient être debout grâce à l'herbe, si la tromperie des humoralis­tes disparaissait et si le secret était levé, car la perle ne convient guère à ces cochons d'humoralistes








DU SEL ET DE SES VERTUS



Ce qui est nécessaire à l'homme, Dieu l'a créé pour lui afin qu'il se le procure avec moindre peine et dif­ficulté. Mais ce qui n'est point nécessité, ou ce qui l'est moins, le superflu, cela Dieu l'a d'autant moins créé. Vous devez donc comprendre que le remède doit être indispensable pour que l'homme le possède. C'est pourquoi il n'a pas besoin de traverser les mers, il l'a de ce côté-ci et les remèdes d'outre-mer n'ont nul besoin de venir à lui. Les habitants de là-bas possèdent les leurs, appropriés à leur santé. Ainsi en va-t-il pour le sel qui est une nécessité pour l'homme ; il en trouve [donc] en quantité suffisante, selon ses besoins.

Après ce discours, voici sa vertu, voici son utilité chez l'homme. Et elle est de deux sortes : on doit, d'une part, le trouver dans les aliments ; et, d'autre part, dans les remèdes des maladies naturelles. Chaque aliment sans sel que l'homme absorbe ne peut jamais être ni com­plètement ni convenablement digéré ni cuit (L'estomac cuit les aliments comme le fourneau des alchi­mistes cuit leurs préparations), que ce soit dans la terrine ou que ce soit dans l'homme. Parce que le sel contient en lui une vertu telle que par la cuisson il corrige toute chose. Il est la véritable correc­tioη de toute nourriture que l'homme utilise et mange. Ce qui est sans sel n'est pas corrigé ; et ce qui n'est pas corrigé entre dans l'homme avec la maladie. C'est pourquoi toute nourriture doit contenir assez de sel, juste ce qu'il faut ni trop ni trop peu ; dans la bonne moyenne.

Quand donc la nourriture ainsi cuite et tem­pérée par le sel arrive dans l'estomac, alors la Nature se réjouit de la digérer, ce qui ne se pourrait en aucun cas sans le sel. Tout au contraire : ce qui est doux et manque de sel est digéré dans un sang et une chair phlegmatiques, fluides, glaireux, ouverts à toutes les maladies, avec une tendance remarquable à la putréfac­tion. Et ces mêmes gens qui salent peu sont moins vigoureux, d'une nature et d'une complexion plus fai­bles et délabrées que les autres, et donc plus sujets aux maladies. Parce que la Nature veut qu'en eux rien de ce qui est incorrigé n'arrive, c'est-à-dire rien qui ne soit corrigé par le sel ; ni rien de ce qui n'est pas préparé, c'est-à-dire rien qui ne soit cuit par le feu — si ce n'est ce qui sert au plaisir, comme les radis, l'ail, les pommes, etc.

Sachez en outre que le sel est un baume terrestre pour l'homme et pour toute chose. Et voici pourquoi là où manque le sel, la putréfaction s'installe ; il est seul à tout préserver de la putréfaction, ce qui vit comme ce qui est mort. Concernant ce qui est vivant, il est dans le sang de toutes les bêtes, et, s'il n'y avait en l'homme un sel inné, il se putréfierait vivant. Il y a du sel non seulement dans tous les animaux, mais aussi dans toutes les plantes. Rien n'existe qui ne soit naturellement salé, qu'il s'agisse des métaux, des pier­res, des plantes, du bois, des éponges, etc., et cela se vérifie par les alcαlia qui proviennent de toutes sortes de choses et qui sont tous des salis. Ainsi l'homme est de chair et mange de la chair et désire se conserver avec de la chair, ce qui revient à dire : le semblable cherche son semblable. Ainsi le corps souhaite-t-il prendre du sel, son sel qui soit sa nourriture, comme la chair veut de la chair et le sang du sang, etc. En outre, le sel est comme un baume car il préserve de la putréfaction cependant, il est plus subtil et plus noble dans sa nature.

C'est pourquoi nous devons d'abord connaître les vertus du sel, celles qui en font un baume, puis celles qui en font une correction de toute nourriture et équilibrent la digestion. Et l'homme doit posséder les deux car il ne pourrait vivre sans elles ; au contraire, il est contraint de les avoir. Là où le sel fait défaut, il n'y a rien de durable mais seulement de la putréfac­tioη. Telle est la nature du sel, en elle-même, que dans le monde entier tous les hommes et toutes les bêtes en ont besoin et en recèlent en eux. Grâce au sel, tout fruit mort se conserve sans se décomposer, au-delà de toute limite. De même pour la viande, le bois, afin qu'ils ne pourrissent ; et le limon pareillement. Tout ce qui est, le sel peut le conserver. Mais, pour cela, il ne faut pas qu'il soit introduit dans les choses d'une seule manière mais de plusieurs.

Tout repose sur la préparation. En effet — et tout le monde le sait par expérience — le sal crudum, le sel brut, garde intacts viandes et poissons. Mais si le sel est purifié, alors il conserve tout pendant des périodes incroyablement lon­gues. Même chose pour le bois : il devient pierre. Les feuilles des arbres restent vertes et ce qu'on asperge avec du sal enixum, du sel purifié, ne subit aucune altération. Pour la conservation, il est semblable au baume, meilleur même, car, avec le temps, il conduit toute chose à une congélation, comme s'il les pétrifiait. Et si, toutefois, à la longue, le sal enixum se desséchait, passait et s'évanouissait,la chose serait à ce point dur­cie et affermie qu'elle résisterait dans l'air, dans l'eau et dans la terre.

Parlons maintenant du sel sous le rapport de la santé : à quoi sert-il en plus de ce que nous avons dit, en quoi est-il un grand trésor ? Il est essentiel dans l'ali­mentation de l'homme et bien des choses en dépen­dent complètement ; et ses pouvoirs sont considérables. Ainsi la nourriture et tout ce qu'il conserve, mort ou vif. Mais outre cela, il est utile à l'homme pour les plaies : on prend de l'eau fraîche, on la sale un peu, et la plaie lavée de la sorte se voit préservée de l'infec­tion pour toute l'année. Et il est connu que pendant l'été, surtout aux jours de canicule, les plaies tendent fortement à s'infecter ; alors, le sel l'empêche. Les vers qui se développent dans les plaies sont expulsés et leur proliférαtioη cesse. Un tel secret est très opportun dans la chirurgie. Les donneurs de bains, les barbiers et leurs semblables n'auraient pas à rougir s'ils employaient cette eau salée, car ils se servent souvent de médicaments qui provoquent la putréfaction et les vers, au point qu'il leur est impossible de revenir en arrière. Ainsi, leur haute maîtrise fait grand tort et ruine la santé. C'est pourquoi le vrai médecin veillera à ce que soit fait le nettoyage des plaies. Il nettoiera la blessure et, si la Nature est propre dans la blessure, elle travaillera elle-même à la guérison parce qu'elle a le pouvoir de se guérir elle-même. Comme un chien qui nettoie ses plaies en se léchant, ainsi l'homme doit se servir du sel.

Il faut encore savoir que dans les lieux où l'on saune, on fait une saline si épaisse qu'un oeuf [qu'on y laisserait tomber] n'en pourrait toucher le fond ; ni aucun homme, à l'instar de l'huile [qui surnage]. Cela est connu depuis toujours. De cette même saline, note bien les secrets : tous les obèses, ceux qui sont pleins d'écou­lements, d'humeurs, de glaires internes, états qui engen­drent la goutte, l'arthetica, l'enflure des cuisses et leur obésité, les ventres adipeux, tous ceux-là doivent se bai­gner dans ces salines. En eux, [ces maux] seront à ce point desséchés que les maladies qui résultent de pareils engraissements n'apparaîtront jamais puisqu'elles seront tout à fait consumées. Est également consumé ce qu'il y a d'autres dans les cuisses et dont peuvent se former la gangrène et d'autres maladies. On obtient alors un corps sain, mince et alerte. Car cette humidité toute puissante est absorbée, elle qui cause tant de maladies, lesquelles, lorsqu'il n'y a pas d'écoulements, n'apparaissent pas.

Le sel prouve aussi toute son efficace dans toutes les affections de la peau : le psore, la gale, les démangeaisons et autres ; il les dessèche et nettoie la peau. Comparée aux stations thermales — Pfeffers, Teplitz, Baden, etc. — cette saline est de toutes la plus sûre dans sa vertu. Car qu'un médecin réfléchisse à la nature et aux vertus de tous les bains chauds naturels et qu'il réflé­chisse aussi aux salines, alors le sel, dans sa saline, l'emportera sur elles toutes. Parce qu'évacuer de l'homme tant d'humidité, comme il s'en charge, et préserver contre toute atteinte ultérieure, qui peut louer assez [cette faculté] ? Et l'action de lα saline est telle qu'aucun membre du corps ne subit de dommage, bien au contraire, tous restent intacts, ce que les bains énu mérés ne peuvent promettre. Raison pourquoi le méde­cin doit être bien attentif : s'il a devant soi un malade, ou un homme [apparemment] bien portant, dont le corps est plein d'engorgements et d'écoulements, qu'il le laisse au bain selon son état et selon les propriétés [des eaux]. A-t-il des maladies ? elles passeront. Couvent-elles ? elles seront consumées dans leur racine avant que d'avoir vu le jour. C'est pourquoi il est déri­soire de conseiller le bain sans l'intelligence et la con-naissance de la nature des choses selon lesquelles on doit baigner. On doit toujours choisir la meilleure solution et abandonner les autres.


Complément de Théophraste

Premièrement, quand on administre le sel, il n'est pas nécessaire de le modifier ou d'y ajouter quelque chose ; au contraire, on le prend tel quel. Et, bien que de nombreux écrits conseillent d'y ajouter quelque chose, du cumin par exemple, ou du fenouil, de la can­nelle, de la muscade, etc., ces additions n'ont rien à voir avec la qualité du sel ; tout au contraire, avec elles, il s'engage dans une voie qu'il ne devrait pas prendre. C'est pourquoi, dans la cuisine ou dans la nourriture, il doit rester tel quel. Cependant, en considération de la maladie, il peut être amélioré, mais de telle façon qu'il augmente en degré et non le contraire. Note, en outre, que si l'on mange du sel, il est dans son pre­mier degré ; ses calces sont dans le second ; sa saline dans le troisième. Veut-on atteindre des degrés plus éle­vés, jusqu'à vingt-quatre ? il est alors indispensable de connaître les additions.

Avant tout, après voir parlé des pouvoirs du sel chez les hommes gros, il y a une correction et une addition à faire : on doit d'abord purger ces hommes-là, suivant la règle de 1'ellébore noir ; puis, après cette purge, on entreprend le traitement de la saline. De même est-il nécessaire d'administrer l' elixir tartareum et de l'employer quelques temps selon son mode, afiη que les abcès, les obstructions et les putréfactions établis dans le corps se résorbent, se désobstruent ou se rénovent, chacun jusqu'à son terme. Alors, on se sert de la saline selon son mode. Par une telle méthode, pendant le déroulement de l'opération, le bain, dans la saline, peut être amené à seize degrés ; autrement dit, elle agit à tel point qu'il en est comme si elle avait seize degrés ; treize donc au-dessus de ceux qu'elle possède naturellement.

Mais continuons avec une encore plus forte exalta-tion des degrés. Cela s'obtient par préparation. Il faut d'abord augmenter les degrés de la saline elle-même, ce qui doit être réalisé selon la règle. A savoir, faire une décoction en utilisant la saline plutôt que de l'eau, et de la sève du petit ou du grand plantain. On a alors quelque chose d'encore plus puissant contre le psore, la gale ou autres misères de ce genre. Lors donc, un jour [de cette cure] en fera plus que quatre ordinaires.

Pour les plaies béantes, faire de même avec la sève de consoude, de serpentaire, dont il existe beaucoup de sortes. Si, pendant la préparation de la saline, on fait cette addition au lieu d'utiliser de l'eau et qu'on porte le tout à vingt degrés, la guérison des plaies béantes est alors merveilleuse. Et mieux sera réalisé ce mélange, meilleur en sera l'effet.

Mais pour les maladies intérieures, à cause des écou­lements, apprends encore d'autres gradations : la saline, mélangée à de l'eau-de-vie et préparée avec de la sève de plantain, fournit le moyen le plus fort pour assé­cher [les plaies] et atteindre les vingt-quatre et parfaits degrés recherchés.

Il existe encore une autre préparation qui peut être utilisée ici distiller le sel dans une eau. On obtient cela uniquement de cette façon : faire de l'eau avec le radis, la distiller ensuite et la mélanger à parts égales avec de la sève de plantain, de chélidoine, de serpen­taire, de consoude. Cela dépasse le vingt-quatrième degré en toute dessiccation.

Tout dépend donc de cette cure et de cette prépa­ration. Par cette addition, le flux hémorroïdal, le pro­fluvium, la dysenterie et autres flux du venue sont supprimés qu'on ne saurait faire disparaître autrement. Parce que ces additions améliorent tellement l'eau qu'elle guérit encore davantage. Aucun sirop, purgatif ou remède d'apothicaire ne peut lui être comparé ni ne vient à bout des maladies ; tous restent au quatrième degré et ne vont pas au-delà. Ici, par contre, on atteint le vingt-quatrième et le trente-deuxième degré. Cela dépasse la maladie et l'oblige à la guérison.

De même faut-il comprendre pour les lésions, la gale, les blessures, etc.

Il y a d'autres préparations encore, lesquelles, par des procédés différents, portent aussi le sel à son maximum, c'est-à-dire au vingt-quatrième degré. Par exem­ple le sel et le salpêtre mélangés à parts égales et calcinés jusqu'à fonte et liquéfaction, puis résous dans leur liquide ; on a alors une dessiccation au vingt-quatrième degré. Il est bon de bien comprendre et de bien rete­nir cette préparation, car son pouvoir de dessiccation est si subtil et si fort en ses oeuvres que rien ne peut lui être comparé. Si donc tu veux monter plus haut encore, ajoute les dessiccations, comme je l'ai déjà dit, et tu obtiendras un degré plus fort dans l'opération. Si tu distilles davantage, tu arriveras à des degrés encore plus forts, jusqu'à ce que, par de telles additions et prépa­rations, tu parviennes au trente-deuxième degré.
Il n'est pas inhabile non plus de passer le sel au réverbère (« C'est un feu de flamme qui circule et revient sur la matière qui le produit comme fait la flamme d'un four à cuire le pain. Le feu de réverbère des Philosophes est le feu intérieur de la madère qui circule dans le vase fermé et scellé hermétiquement. » Dom Pernety, op. cit.), durant un temps approprié, puis, après réverbération, de le mélanger avec les sèves susdites en considération de l'emploi que tu te proposes ; sinon de les distiller ensuite dans de l'eau ou dans leur liqueur, comme nous l'avons signalé.

Il existe bien d'autres fusions du salpêtre pour en augmenter le degré ainsi, la fonte avec la terre d'Arménie, avec la terra sigillata, avec chimolea, avec de la fleur de cuivre, avec thutia, avec calaminari, etc. Après fusion, cela doit se dissoudre de soi-même, ce qui renforce encore le degré.

Également, fondre avec le salpêtre et ajouter un tel mélange ; puis résoudre le tout dans sa liqueur, verser enfin cela sur les fèces, en plusieurs fois et de façon à ce qu'il en tombe des gouttes. Ce [mélange] gagne alors un grand pouvoir astringent, en sorte qu'il n'est rien qui ne soit desséché ou resserré. Pour une telle aug­mentation du degré, le mieux est d'ajouter du crocus martis (La limaille de fer), de la céruse et de la fleur de cuivre.

Vous devez aussi savoir, pour ce qui est de la méthode qui consiste à liquéfier et à mélanger avec de la sève d'acacia immature, que rien n'est plus astrin­gent, desséchant ni n'a un tel pouvoir de raffiner à fond.

En conséquence, j'ai cru bon de décrire le sel et ses vertus, ses corrections et ses additions. Les scribes et les herbiers ne l'ont pas fait ; ils n'y entendent rien. J'ai cru bon de chercher le véritable fondement des choses, afin que de leur quatrième degré sorte le vingt-quatrième, puis le trente-deuxième. Et le profit, dès lors, va aux remèdes. Là où se trouvent de si puissants remè­des, la Nature peut aisément et fortement intervenir. Beaucoup ont tenté d'écrire des livres sur les herbes et sur les choses naturelles, mais quand on y regarde de plus près, on y rencontre rien d'autre que des ouï-dire pleins de mensonges. Ils faisaient ainsi des livres, ne se fondant que sur les ouï-dire dont ils ignoraient l'authen­ticité ou la fausseté. Alors sont venus les modernes qui rafistolent ceci et cela, sans savoir s'il s'agit d'inventions ou de réalités. A vrai dire, les écrits de tels scribes sont la plupart du temps inventés. Puisqu'un tel le dit, un tel le répète.

Mais quand on leur demande d'où ils le tiennent, on découvre que ce sont des nonnes ou des vieilles femmes qui les ont renseignés. En fin de compte, tout cela n'est que supposition : « J'ai cru, et j'ai supposé ! "  Celui qui écrit un livre ne doit point s'en référer à ceux qui ne parlent ou n'écrivent que sur des ouï-dire, mais doit s'appuyer sur ceux qui parlent par expé­rience. Alors, il ne s'agit plus d'une oeuvre de bavard, ni d'un travail de moine, ni de commérages de bonnes femmes sur quoi les auteurs d'herbiers se fondent. Ils érigent leur temple sur du sable, c'est pourquoi la maladie les domine, eux et leurs remèdes. Et voilà l'averse qui emporte le temple ! Car tel leur art, tels leurs racon­tars ! Il existe actuellement beaucoup de scribes pour dire de semblables choses, parce qu'ils disposent de beaucoup de temps pour rassembler ces mensonges. Et cela est bientôt achevé, au coin du feu. Ils ne se deman­dent pas si c'est juste ou faux ; leur argument, c'est de se faire un nom. Le nom veut être trompé, ils le trompent donc, se servent chez les poètes et les rhé­teurs et, d'une plaisanterie font quelque chose de grave, d'une farce, un art. Leur manière d'écrire est telle qu'on n'en peut rien retenir.







DU CHARDON ANGÉLIQUE

(Von der englischen Distel : ce titre pouvait prêter à confusion. En fait, l'édition latine des frères de Tournes porte bien « De carduo angelico »)



La racine du chardon angélique se présente ainsi dans sa nature lorsqu'elle agit, son action est semblable à celle de la lune car elle tire d'un autre sa force et 1 donne à celui qui la possède à ce moment précis ((Celui qui porte sur soi la racine du charbon bénéficie de sa force)). Apprends maintenant comment cela peut se produire selon lα Nature et note d'abord que tout ce que l'art est capable de faire dans la Lumière de la Nature, la Nature y parvient aussi sans l'art. Par exemple : je pose en principe que l'art peut tirer des herbes un remède et un pouvoir et les donner à l'homme, comme il est prouvé dans le médicament qu'on prend dans les her­bes et qu'on donne au malade.

Ainsi, à son tour, la Nature peut aussi prendre le remède dans l'eau, dans la terre, dans les astres et le contenir en un seul corps, plante, herbe ou pierre ; puis donner à l'homme sous forme d'herbe ou de semence ce qu'elle a recueilli partout. Si toutes ces choses sont en soi naturelles, vous devez savoir qu'elles ne se produisent pas seulement ici mais apparaissent aussi et de façon bien plus étonnante lorsqu'on pénètre l'origine des remèdes et les forces de la Nature. Que fait l'eau ? Elle prend à l'un et donne à l'autre. Le feu, par contre, prend tout et ne donne rien. Il en va de même avec les remèdes qui prennent à l'un et donnent à l'autre. Et des forces existent aussi qui prennent et ne donnent pas.

L'Evangile dit quelque part : prends à celui qui a un talent et donne-le à celui qui possède, etc., et ce qu'il n'a pas, il faut le lui prendre aussi. S'emparer de la force d'un autre est une importante prise. Mais si l'autre n'en fait rien, n'en a pas l'usage, si elle repose inutilement, n'est-ce pas justice qu'on la lui prenne ? Surtout si la Nature peut et veut l'aider en cela. A présent, il y a beaucoup de choses qui prennent mars ne rendent à personne. Il en est d'autres qui prennent et donnent. Ainsi, certaines prennent à l'homme son intel­ligence et le rendent sauvage et fou ; d'autres lui déro­bent sa sagesse et la donnent à un autre. Il en était ainsi au commencement, et chez les Egyptiens, qui au moyen de leurs gamahés (Pierres sur lesquelles l'homme a gravé des figures ou des caractères. On dit aussi camaïeux. Sinon, minéraux ou végétaux où la Nature a imprimé certains signes.) s'appropriaient la bonne fortune d'un homme pour la donner à un infortuné ; et de même, aussi bien, prenaient-ils la victoire. Car les plus grandes victoires que remportèrent Alexandre le Grand ou Jules César ne leur furent point accordées par la faveur des astres, mais leur ont été données une fois enlevées à d'autres ; et cela ne concerne pas qu'eux uniquement mars bien d'autres encore, et cette chose s'est fort souvent produite. Ceux qui inventèrent les gamahés et ceux qui les préparèrent furent des magi­ciens, car c'est une spécialité de l'art magique.

Il y aurait beaucoup à dire sur les pierres qui sont nées pour devenir des gamahés, qui sont de la nature des gamahés. Ce sont elles qui engendrent l'amour, l'amitié, l'inimitié, l'allégresse, la douleur, la victoire, la défaite, la bonne et la mauvaise fortune, la science, l'ignorance, les honneurs, la condition misérable. Mais tout ce qui est pris à l'un est donné à l'autre, selon le pouvoir de l'influx naturel. Ce qui est possible à la Nature grâce à ses qualités innées, cela est aussi connu de l'art magique qui détient le même pouvoir. Et tous ces gamahés naturels, nés d'eux-mêmes, on les dit, pour les distinguer des autres [ceux qui sont fabriqués par l'homme], angéliques — comme le chardon précisément.

C'est donc parce que c'est un gamahé né de lui-même, capable de prendre force et pouvoir d'un autre, qu'on l'appelle angélique ; et l'on ajoute ce mot parce qu'on l'a considéré comme se manifestant dans la Nature sui­vant un effet angélique. Cette espèce de gemme s'est complètement éteinte et a disparu, en sorte que ni les grands ni les petits ne la possèdent. Mais ce qui est bon et qu'on utilise à des fins mauvaises, il est juste qu'on l'enlève. Comme la belle femme qui a eu sept hom­mes, lesquels l'ont prise pour sa beauté, mais le diable leur a cassé le cou à tous et les a étranglés. C'est pourquoi ce qui est bon, parfait même, mieux vaut que cela demeure caché plutôt que révélé et ceci surtout parce que le monde, plus il vieillit, plus il devient mauvais à cause du mal qui est en lui, et parce qu'en l'homme ne se rencontre plus la crainte de Dieu.

Vous devez donc comprendre du chardon angélique qu'il tient son pouvoir de l'influx naturel établi en lui ; car c'est sa prédestination, [celle] selon laquelle il doit être. La prédestination, c'est quand Dieu veut accom­plir quelque chose d'extraordinaire avec l'aide de la Nature. Ce qui est au-dessus de la Nature est un secret extraordinaire, une autre magnale : c'est donc une prédestination divine. Autrement dit, cette chose est prédestinée à faire ceci ou cela. Ainsi aussi avec les hom­mes : beaucoup sont devenus des prophètes, des apô­tres, etc. et ont fait leur chemin en conséquence, selon la prédestination ; ils étaient prédestinés et cela leur a été accordé par Dieu, surnaturellement. La prédestination n'est pas en tous, mais en ceux que Dieu a choi­sis. Ceux-là peuvent agir ou ne pas agir ; eux seuls déci­dent suivant le sens où la Nature les pousse. Ainsi, le chardon angélique est-il prédestiné par nature, et cela est décrété par Dieu afin que les pouvoirs soient con­traints de se manifester. Car dans les herbes, d'où l'intelligence est absente, il n'y a pas de parole comme en l'homme, lequel se tient tel un roseau dans l'eau et doit être rempli (compelle intrare). Autrement dit, si Dieu veut un apôtre, il doit alors le guider et le pous­ser avec force là où il refuse d'aller. Si la Nature veut la même chose, pareillement doit-elle agir. Là où la force manque (compelle intrare), la prédestination ne peut rien, celle de Dieu comme celle de la Nature. L'homme, au contraire, tombe dans sa volonté foisonnante, ce dont nulle herbe ni racine n'a le pouvoir.

Il n'en est pas moins vrai qu'il existe beaucoup de complexions auxquelles on ne peut rien prendre ; beaucoup aussi desquelles tout pouvoir peut être pris de vile manière. Ceux qui naissent sous le signe du Lion, du Capricorne, du Scorpion et du Bélier ne se laissent pas déposséder facilement de leur force ; ce qui n'est pas le cas des autres signes. Rarement aussi les fils du Tau­reau, à moins que ce ne soit dans la croissance de la lune qui est le moment le plus profitable. Il est inutile d'expliquer la façon dont on déterre le chardon ni son emploi : les humoralistes étant les lecteurs, à quoi bon, dès lors, répandre des perles devant eux ? Elles seraient piétinées dans la boue



Complément de Théophraste

Celui qui veut profiter de cette racine doit, par un grand labeur, en découvrir le pouvoir. Car, sans beaucoup de peine, on n'en tire rien. Un jour, en Alsace, j'ai vu un homme parcourir une distance d'une lieue — de Ruffach à Sulz — avec une barrique de vin de 150 kg sur le dos. Il avait emmené douze hommes avec lui et les avait tous fatigués, au point qu'ils ne pou­vaient le suivre et se traînaient sans force derrière lui, et qu'ensuite, ils durent garder le lit plusieurs jours. Moi qui ai vu [ces hommes] peu de temps après, j'ai pensé redonner des forces à des malades qui seraient aussi faibles. J'ai [donc] placé des hommes vigoureux à côté d'un faible, donnant à ce dernier suffisamment de racines afin qu'il n'en manquât point (Apulée, dans son Herbarius, attribue au chardon sauvage la propriété d'éloigner tous les maux de celui qui le porte sur soi.). Néan­moins, cela n'a servi à rien. Et cela m'est arrivé plusieurs fois. Mais il en va ainsi : toute chose qui fournit un bon et rude travail trouve une aide dans la racine, tandis que les auxiliaires, alentour, succombent tous.


Il suffit de bien choisir le jour et l'heure où la racine doit être ramassée.

Il est vrai aussi que certains se donnent du mal et s'appliquent au travail ; ils ont pris, dans le secret, des gens discrets auprès d'eux et ont ainsi acquis une telle force que leur propre nature est allée chercher chez eux toutes les maladies et a violemment expulsé l'apostème par l'intermédiaire des mictions et défécations ; même les vers les ont fuis et ils ont parfaitement guéri. De telles opérations se sont fréquemment produites. Voilà pourquoi on recommande à ceux qui sont solides et capables de fournir des efforts, de prendre la racine afin de mettre à l'épreuve leurs maladies cachées. Car cette force chasse toutes les maladies. On peut en conclure que la racine donne suffisamment de forces.

Mais il faut comprendre ceci : lorsqu'on retire une force d'une personne, celui qui en bénéficie devient semblable à cette personne. Etait-elle rageuse ? il le devient aussi. Etait-elle une ordure ? Il le devient. Etait­-elle paresseuse ? Il devient paresseux. Donc, dans la force de l'homme, se trouvent aussi ses qualités innées qui accompagnent cette force. Ainsi, la vertu et la force vont de pair ; la force et les bonnes moeurs aussi ; materia et inclinatio de même.





DES CORAUX



Les coraux rouges sont de deux sortes : l'une est d'un rouge sombre, presque brun noir ou noirâtre l'autre d'un rouge brillant. Et, de même que les couleurs diffèrent, les pouvoirs et les vertus aussi. Il en existe encore une autre sorte, de couleur pâle, sans pouvoir particulier. En effet, plus un corail de l'espèce rouge est pâle, plus ses vertus diminuent et moins il a de valeur.

A présent, prenez note d'une expérience confirmée avec les coraux : à savoir, que les rouges à la belle appa­rence brillante et entièrement colorés, sans fissures et pourvus de rameaux non mutilés, sont en pleine pos­session de leurs pouvoirs. Mais là où il y a des fissures, la vertu n'est pas parfaite ; là où il y a mutilation, il y a une grande déperdition de force. Comme un arbre à qui l'on, a coupé des branches porte moins de fruits, ainsi en est-il des coraux — les bruns aussi bien que les rouges. En latin, j'appelle les beaux coraux corallos rutilentec, c'est-à-dire d'un rouge brillant ; les bruns, qui ont un aspect désagréable, je les nomme corallos caliginosos (De cagilinosus : nébuleux, sombre).

Les coraux rutilants sont gais et agréables ; les bruns sont tristes et déplaisants, donc tout le contraire des pre­miers. Si donc on veut porter des coraux, qu'on soit jeune ou vieux, on doit se garder des bruns et s'en tenir aux rouges. Grande est la différence entre la joie et la tristesse, entre les rires et les pleurs ; et pareillement entre coraux rouges et bruns. C'est pourquoi, vu cette grande différence, on doit mettre toute son attention à choisir les beaux coraux et non les sombres. Car si l'on veut réveiller l'entrain chez une personne affaiblie et [qu'au lieu des rouges] elle prenne des bruns, sa maladie et sa mélancolie s'en trouvent aggravées.

Apprenez donc d'abord quelques vertus des beaux coraux : ils sont bons et utiles pour la Phantasia, pour les Phantasmata, pour les Spectra et la Melancholia. Voici une définition pour Phantasia, Phantasme, Spec­tra et Melancholia, afin que vous sachiez distinguer en quoi diffèrent les maladies et sachiez aussi vous bien servir des coraux pour chacune d'elles :


Phantasia

C'est quand un homme, de lui-même, sans néces­sité, réfléchit à beaucoup de choses qui ont rapport aux arts, à la sagesse, au talent, au savoir, etc. ; il ne les a pas sous la main comme il le souhaite, mais au contaire les poursuit en imagination. Ce qui revient à dire qu'il réfléchit à la manière dont il arrivera à tel ou tel résultat. Les beaux coraux, ceux qui lui permettront une bonne expérience, ne lui dicteront rien d'impur, que cela vienne du diable ou d'autres, lesquels aimeraient induire l'homme en tentation au moyen de l'imagination, les bons coraux dis-je l'aident tout au contraire [à lutter] contre l'imagination perverse.

Spectra

Ce sont les esprits nocturnes. Ils sont naturels et recè­lent quelque chose de l'intelligence humaine et cher­chent l'homme en qui elle est disponible. Ils sont nom­breux, les bons comme les mauvais, mais invisibles, et restent près de l'homme à l'image des chiens qui eux aussi aiment l'homme ou restent à proximité. Cepen­dant, il n'y a rien à chercher chez eux ou en eux ; ce sont des esprits vides, présents seulement pour troubler l'homme et le tracasser. Ils fuient les coraux rouges comme le chien fuit le bâton par contre, ils se préci­pitent vers les bruns et s'y multiplient. Comme les incu­bes et les succubes, ils sont issus de l'imagination.

Ce sont des formes nées du corps astral d'hommes morts. Parce que l'homme a deux corps, l'un qui provient des éléments, l'autre du firmament. L'élémentaire meurt et se décompose dans la terre ; et celui-là, on l'enterre. L'autre plane dans les airs, au-dessus de la terre, etc. Là donc où l'on voit le corps éthérique d'un homme mort, on est en présence d'un spectre. Les spec­tres fuient devant les coraux rouges mais s'approchent des bruns.


Melancholia

C'est une maladie qui s'empare de l'homme et le rend profondément triste, morose, rêveur, indolent, maussade. Il sombre dans des pensées et des spéculations bizarres, dans la tristesse, les pleurs, etc., comme le veut son état d'âme. Cette mélancolie est chassée par les coraux rouges mais les bruns l'augmentent.

J'ai voulu vous indiquer cela pour que vous com­preniez la différence entre les coraux. C'est pourquoi je vous ai présenté ces quatre aspects dans l'intention de vous enseigner.


Autres causes enseignées par Théophraste

Maintenant, je dois vous présenter l'origine des cho­ses, eu égard à la force et au pouvoir des coraux. Car beaucoup pourraient penser que cela n'est pas naturel et le dénoncer comme superstition. Voici donc l'origine les quatre maladies décrites sont toutes naturelles et non contre la Nature. Elles ne sont pas non plus du diable ou autres esprits issus du diable. Donc elles sont naturelles, comme le prouvent l'astronomie, la composition et la décomposition de l'homme. C'est pourquoi la Nature, contre tout ce qui est naturel et vient d'elle, possède son secret et son magistère. Et, contre les qua­tre maladies, les coraux sont un de ses secrets naturels, comme il en existe d'autres. Ainsi, la Nature travaille contre la Nature puisque les coraux rouges chassent [ces maladies] et que les bruns les retiennent. Et cela par les forces naturelles et intrinsèques de la Nature.



Supplément sur les coraux et leurs pouvoirs


Ils éloignent la tempête engendrée par l'éclair, l'averse, la grêle. Là où on les dispose selon leur ordre, la tempête ne se produit pas.


Compléments naturels de Théophraste

Si, avec notre intelligence, nous pouvons faire un toit contre la pluie, une chambre contre l'hiver, un lieu ombragé contre le soleil afin qu'il ne nous tourmente pas, sachez que la Nature peut en faire autant et bien plus que nous encore, en sorte que, sans qu'il soit besoin d'un toit, la tempête ne peut s'abattre ni cαu­ser d'autres dégâts. La Nature peut produire un orage dans le ciel ; elle peut donc aussi créer une protection. Par exemple, elle peut créer une maladie et donner des remèdes contre celle-ci. Ainsi, à chaque chose naturelle, la Nature a donné un contraire capable de lui résister. C'est pourquoi Dieu a aussi créé celui qui comprend cette chose ; et de la terre aussi il a créé la même chose.

En outre les coraux chassent les monstres sauvages. Un mons­tre est ce que le ciel engendre (Littéralement : couve, fait éclore. Le latin dit excludit.) contre l'ordre de la Nature. Par exemple, il fait éclore une semence, laquelle devient un monstre, c'est-à-dire un animal qui ne figure pas parmi les créatures. Ces horribles monstres sont par­ticulièrement répugnants pour l'homme et sont souvent pris pour des esprits, pour le diable, etc., parce qu'ils ne sont pas nés de l'ordre naturel mais du contraire. Les coraux détruisent aussi de tels monstres.


Complément de Théophraste


Ils sont [les coraux] de la Nature et produits par elle, et pourtant sont contre elle. Pour cela la Nature a reçu de Dieu une protection : que pousse en elle, selon son ordre et sa mesure, ce qui peut chasser ce qu'elle-même a créé contre elle. Les monstres, par exemple, dont nous reparlerons dans le De generationibus rerum et mons­trorum et dont je ne veux rien dire encore ici.

En outre :
Ces coraux, posés quelque part, ou portés, ou pla­cés en un lieu approprié, chassent le diable, c'est-à-dire ses esprits, ceux qui veulent posséder les gens et rôdent autour d'eux. Ils sont nombreux parmi les hommes, invisibles, instruisant ces derniers sans qu'ils le sachent et sans qu'ils reconnaissent ce qui vient d'eux : mensonges, tromperies, etc. Les coraux chassent donc de tels esprits de ceux chez qui ils logent sous des apparences cachées ; avec leur consentement, ils les débarrassent du mensonge et de la tromperie.


Théophraste

Et en voici la raison : de même que le démon s'enfuit devant le soleil et ne peut rester près de lui, haïssant le jour et la lumière et aimant ce qui est téné­breux, de même ne peut-il rester près des coraux parce que Dieu leur a donné une vertu extraordinaire qui les place au-dessus de toutes les plantes comme le soleil domine sur toutes les étoiles. Le démon peut être sous toutes les étoiles, mais pas sous l'étoile du soleil ; aussi ne peut-il être là car les coraux rouges sont semblables au soleil par leur force secrète. Les bruns, eux, sont sem­blables à la lune et près d'eux, le démon reste, comme au clair de lune.

En outre
Où ils se trouvent, ils multiplient les fruits dans les champs et dans le jardin.
Dans les coraux réside aussi un tel secret, un tel mystère, qu'ils préservent les champs des oiseaux, lesquels y font des dégâts, ainsi que des vers qui font partie de la vermine. Ils protègent des méfaits des spec­tres nocturnes qui gâtent et endommagent beaucoup de champs. A tous ceux-là, ils résistent et les chassent, mul­tipliαητ ainsi la protection du champ. En effet, les esprits nocturnes — autrement dit les corps sidéraux — font subir de grands dégâts aux fruits.



Autre complément de Théophraste

La forme du corail se reconnaît à sa tige, le ventre et le dos sont bien caractéristiques. 11 s'ensuit qu'on reconnaît immédiatement le côté droit et le côté gau­che ; et c'est tels qu'il faut aussi les porter. Mais là où l'on ne peut trouver cette forme, il existe une infirmité dans la force et la vertu des coraux, car ce sont elles qui forment l'homme entier. Et souvent, ce n'est pas seulement la forme du corps qui est trouvée et qui a la forme du corail, mais la somme totale du corps, avec tous les nerfs et toutes les veines. Et plus il y a de rameaux, meilleur c'est. Le dos du corail doit se trouver derrière, le ventre devant, en sorte qu'il puisse être comparé au corps de celui qui le porte.


Le pouvoir des coraux.

Ils sont utiles pour les femmes enceintes et pour celles qui ont accouché. Car elles sont plus exposées au hasard, à la tristesse, aux tentations (Le texte allemand est le suivant Weil die Frauen beson­den viel Zufαe haben und mehr Betrübnis und Anfechtung denn die Männer".  Le texte latin "Prosunt gravidis et puerperis, quia plures casus et symptomata, plures tentations et moerores patiuntur
foeminac vins. ») que les hommes. Il s'ensuit qu'elles ne devraient jamais rester sans coraux mais devraient au contraire porter les plus clairs et les plus beaux.


Complément de Théophraste

A propos de la nature du corail, je dois encore vous signaler quelque chose : personne n'ignore que le dia­ble entre en possession des gens. Et plus encore des ani-maux : chiens, truies, oiseaux dont l'homme se divertit. Mais il peut aussi posséder la gelée, le temps qu'il fait, l'éclair, la grêle et autres choses du même genre. Il s'ensuit que si la Nature est possédée par l'esprit impur, elle peut aussi s'en affranchir par ses propres res­sources — non par elle-même ni par la force qui lui est propre, mais par ce qui lui est semblable et lui fut donné par Dieu pour la fortifier. Exactement comme le remède contre la maladie : il aide la Nature contre les mauvais esprits et contre les mauvaises maladies. C'est pourquoi, sans cesse, il faut avoir recours aux coraux qui ont reçu de Dieu une force contre toute maladie, ainsi que le remède en reçoit une de la terre.


Davantage encore sur le pouvoir des coraux.

Ils règlent tous les flux de la matrice, les rouges et les blancs, et les ramènent à leur état naturel.

Item : même chose pour les flux du ventre, rouges, blancs et autres, autant chez les jeunes que chez les vieux.

Item : ils sont bons pour les femmes lors de la nais­sance, en sorte qu'elles se couchent heureuses et accou­chent en pleine santé.

Item : ils donnent aussi de bonnes complexions, gaies et légères, et tempèrent toutes les grossièretés de la Nature dans l'âme.

Item : ils retiennent le sang dans les veines, dans le nez, dans les blessures, dans la veine hémorrhoïde.

Item : ils enlèvent le mal caduc et donnent raison à la Nature afin que les hommes ne viennent à tomber ou ne tombent.

Item ils enlèvent l'épilepsie aux jeunes gens et aux personnes d'âge moyen.




Complément de Théophraste

En ce qui concerne la correction, notez qu'ici je ne peux ni ne veux corriger la forme de l'être spécifique, car ce que Dieu a placé dans sa limite et a prédestiné selon son degré, nul ne peut le diminuer ou l'augmen­ter. Mais ensuite, pour ce qui est de la forme de l'être spécifique, je veux, comme j'en ai le droit, donner la correction et l'addition des coraux. Car leurs mystères, leurs arcanes, leurs magnales et leurs secrets sont mer­veilleux. Voilà pourquoi je ne veux pas omettre de cor­riger et d'additionner ni ne veux parcourir ces choses I. la manière intempestive des scribes qui eux aussi en parlent. Leurs écrits ressemblent à l'image qu'un peintre copie sans savoir ce que son dessin représente. De même, les scribes sont des copieurs.
Depuis l'origine, ce fut l'habitude des philosophes de séparer le bien du mal, le pur de l'impur ; autrement .dit, toute chose doit mourir et seule l'âme doit rester (La mort, en effet, par le Jugement, sépare ce qui est bon de ce qui ne l'est pas). Si donc l'âme doit rester et le corps pourrir — et lorsqu'une semence pourrit, elle ne porte ordinai­rement pas de fruit — on peut se demander : qu'est-ce que pourrir ? Seul le corps pourrit. Le bien, l'être, l'âme ne pourrissent pas. Il faut donc les retirer de ce qui pourrit. Après quoi, on découvre la perle (En latin, margαnta. En langage hermétique, margarita, c'est l'âme.) qui s'y trouve et qui contient toutes les vertus. Sachez qu'il en est de même avec les coraux. En effet, lorsqu'on retire la perle du corail, il reste une grande résidence, un grand dépôt, car la perle est petite comparée à ce qui reste et qui ne vaut rien. De plus, vous devez savoir que la perle des coraux possède une vertu telle qu'elle interrompt les menstrues déréglées de toutes les fem­mes, sans inconvénients pour le reste du corps. Ce qui, ordinairement, sert à interrompre les menstrues, déclen­che de pires ennuis ailleurs ; mais ici, en ce cas, rien de tel. Tout reste pur dans sa guérison sans qu'aucun dommage ne se produise. Parce que c'est un tel remède qu'on n'en peut trouver l'équivalent ; tout comme s'il s'agissait d'un trésor. Ainsi fait la perle avec les flux du ventre, quels qu'ils puissent être et d'où qu'ils vien­nent ; et même si les malades en sont I. leur extrémité, elle les remet sur pieds. Aucun flux ne fait exception.

Voilà les grands pouvoirs que Dieu a donnés à la perle et elle est parfaite en toutes ses vertus, comme nous l'avons dit plus haut. En la prenant, on arrête tout saignement dans le corps, quel qu'il soit ; de même le caduc (Vergicht, que le latin traduit par épilepsie) chez les femmes, les enfants et les hommes. Dix ou quinze gouttes suffisent pour faire disparaître toutes les sortes d'épilepsies. Et celui qui en prend pen­dant cinq semaines consécutives est délivré de ces maladies.

Une addition n'en est pas moins possible avec le Secretum carniolae ; elle amplifie l'effet. On peut aussi rajouter du Vitrum martlli sous forme liquide. On pra­tique la première addition lorsqu'il faut stopper quelque chose ; la deuxième pour l'épilepsie et la chute. [La perle] est aussi rectifiée in circulatio. Mais pas de guérison pour l'artiste qui se prend pour un alchimiste et n'est, en réalité, qu'un bavard.




DES POUVOIRS DE L'ΑIΜANΤ



Il est bon que vous sachiez, tout d'abord, qu'il existe dans l'aimant une force qui attire ; que donc l'aimant attire, de façon merveilleuse et qui dépasse notre enten­dement, le fer, l'acier et beaucoup d'autres choses. Cette fois-ci, mon argument est le suivant : que ce pouvoir, enfermé dans l'aimant, se tient sous les yeux de tous les médecins mais qu'ils ne s'inquiètent guère de savoir si les aimants pourraient ou non servir en d'autres domaines. Mais tous les médecins ont négligé pareilles expériences et se sont servis de leur bavardage de cui­sine, ce qui, honnêtement, est injustifiable car, possé­dant une telle chose et pouvant clairement en consta­ter l'effet, ils n'ont nullement cherché à l'utiliser en d'autres expériences.

Si je répète tout ce que les anciens ont déjà dit des vertus de l'aimant, alors, je n'aurai rien fait. Si donc je veux parler de l'aimant, il est nécessaire que je le fasse en traitant de l'addition et de la correction. Ces pouilleux de docteurs et d'apothicaires, qui n'y entendent rien, me reprochent souvent de ne pas suivre les anciens scribes. Et pourquoi suivre ceux qui manquent de bases ? Lisez seulement ce qu'ils disent de l'aimant néant. Voyez par contre ce que j'en dis et mettez le tout sur la balance. Si je ne m'étais, de moi-même, atta­qué au problème, et si j'avais uniquement suivi les anciens, je serais devenu totalement aveugle en ce qui concerne les remèdes. J'aurais été privé d'yeux. Mais je ne le suis pas et cherche toujours plus ; je n'ai donc pas besoin de les suivre. C'est mon expérience que je suis, pas eux. Que personne ne s'occupe du long discours que je fais maintenant ; je n'ai pas encore com­mencé à parler de l'aimant mais j'ai cru bon de vous prévenir.

Les anciens scribes disent que l'aimant attire le fer, l'acier, et c'est vrai. Mais, pour cela, on se passe d'un scribe : le moindre valet de ferme s'en aperçoit. Voici donc mon motif : est-ce bien suffisant ce que voit le valet ou bien y a-t-il plus que ce qu'il voit ? Il me sem­ble judicieux de creuser la question, de faire davantage d'efforts plutôt que de passer ainsi en somnolant. Un scribe, en sa philosophie, devrait avoir honte d'être com­paré à un valet de ferme. C'est l'expérience qui dirige toutes les choses et même la théorie qui en découle et qui dit que l'aimant est une pierre en qui réside, mani­festement, à l'égard du fer et de l'acier, une puissance attractive ; et de même à l'égard de toutes les maladies de Mars qui habitent dans le corps.

Les anciens humoralistes ont beaucoup parlé des qua­tre humeurs, ce par quoi ils ont introduit l'erreur dans la médecine. Moi je dis que l'influence des astres nous donne une plus profonde compréhension des maladies que ne le permettent les humeurs. Mais comme ils ne savent jouer que de leur violon, il n'y a, d'après eux, que les humeurs. L'expérience prouve que l'aimant attire toutes les maladies de Mars de leur lieu vers un autre, ainsi que l'excrément qui en provient, et tout à sa juste place. A présent, il est inutile de vous montrer ce que sont ces maladies : ce sont celles que l'aimant indique en les attirant à lui ; comme il tire le fer et l'acier. Ces maladies sont les suivantes : tous les flux des femmes, quelle que soit leur nature ; tous ceux de la défécation, quelle que soit leur nature ; item, toute maladie qui, partant du centre, s'étend en mouvement circulaire.

Item, toute inversion des flux, lesquels, partant ordi­nairement de leur racine pour aller vers leurs branches, devraient être retenus dans ladite racine. Voici, donc, les vertus que je reconnais à l'aimant, en dépit de tout ce que les scribes, anciens ou nouveaux, ont pu en dire.

Pour conclure ce que j'ai entrepris de décrire ici, à savoir, l'endroit où doit être posé l'aimant pour qu'arrive une telle chose, voici l'indication que je vous donne, moi seul : vous devez le poser sur le centre d'où partent les maladies. Par exemple, la menstruation — le profluvium — coule rouge ou blanc ; on doit donc le placer au centre, c'est-à-dire sur la première racine qui est l'origine ; alors, cela ne se produira plus. Item s'il s'agit de la diarrhée : poser l'aimant sur le centre, là où la diarrhée prend sa source. Il ne descendra plus rien par en bas. Item pour d'autres maladies qui tendraient à s'installer dans le corps entier, au-delà de leur lieu : il faut placer [l'aimant] au milieu de la maladie et elle ne bougera pas de sa place. Avec une telle inver­sion et une telle attraction, les excréments et les super­fluités resteront à leur place et de là, pourront être facilement évacués par leurs émonctoires naturels ; et ceci suivant l'efficace du remède, la juste nécessité et la juste digestion. Si une chose est arrêtée, le malade ne s'en trouve pas pour autant guéri ; mais ceci arrive pour que puisse se faire la digestion parfaite, en son lieu, et la mûre évacuation, en son temps. Ainsi aussi la maladie est retenue dans son lieu, in colica, de telle sorte qu'il n'y a pas de contraction subséquente. La matière pec­cante est retenue en son lieu, puis y est digérée, expul­sée enfin selon l'ordre de la Nature et dans le temps convenable. Avec cette expulsion en temps opportun, colica et contractions cessent.

Il me paraît qu'il n'y a pas de plus précieux trésor, en médecine, que de pouvoir retenir une maladie en son centre, α n qu'elle ne s'en écarte pas et qu'ensuite le médecin soit habile et la digère en ce même centre et la laisse mûrir parfaitement suivant sa nature. S'il en est ainsi, la maladie peut disparaître naturellement et non antinaturellement, autrement dit, par le bien et non par le mal. Mais si elle n'est pas mûre, il faut la laisser aller de soi-même, ainsi que dans les profluvii et les dysenteries, etc. Quelle honte, pour tous les méde­cins, que de ne pas retenir les maladies en leur lieu, de ne pas les faire mûrir et de ne pas chasser ce qui a mûri ! A l'inverse, ils chassent ce qui est brut et n'a pas mûri. Il leur manque de savoir retenir, ou bien, ce qu'ils retiennent, ils ne savent pas le digérer, ou ne le font bien qu'en un lieu et dans l'autre non. Voilà leur art !

Sachez en outre que l'hydropisie est retenue en son lieu, qu'elle y est digérée et expulsée de façon natu­relle, bien qu'il y ait d'autres voies pour elle ; mais celle-là est une voie appropriée à la nature de l'aimant, cette autre appropriée à une autre nature. Toutefois, comme on en arrive au fait qu'il y a beaucoup de médi­caments pour une maladie, l'une différente de l'autre, il faut considérer ce que peut la Nature et par quel che­min. Et cette cure n'est pas seulement valable dans les maladies du corps mais aussi dans les maladies chirur­gicales, car l'aimant fait que la hernie est maintenue à sa place et que l'exitus (Exiture : t Abcès qui suppure, suivant quelques auteurs bar-bares (!) s Dictionnaire de Médecine, P.H. Nysten. Paris, 1814) est guéri. L'aimant tire l'écoulement des plaies ouvertes jusqu'à son lieu et l'expulse ensuite par l'intermédiaire de son émonctoire, le tout au moment convenable et non à un autre. Seul l'aimant donc retient une chose en son lieu. Suivent ensuite les adjuvants qui oeuvrent dans le lieu même comme ils le doivent.



Indications particulières du Docteur Théophraste pour toute maladie


Afin que vous sachiez comment utiliser 1' aimant, apprenez d'abord qu'il a un ventre et un dos pour atti­rer ou repousser. Voici maintenant un enseignement sur les profluvii, les menstrues, pour qu'ils soient retenus en leur centre : on doit placer le dos à la fin de la linea (Il s'agit peut-être de la ligne blanche) le ventre au début, les deux parties étant diri­gées l'une vers l'autre avec leur concavité. Et ceci non seulement pour les flux menstruels rouges et blancs, mais aussi pour tous les flux du ventre, quelle que soit leur nature et la direction qu'ils prennent. Ainsi les deux profluvia sont retenus dans leur centre. Après quoi, il faut user des moyens de maturation des maladies et des moyens de digestion, à l'instar de l'estomac qui ne veut rien cuire et laisse aller la nourriture non digérée : alors, grâce aux moyens susdits, elle y est retenue jusqu'à ce que l'estomac l'amène à une digestion correcte et qu'elle en sorte de façon naturelle (ce qui est naturel n'est pas retenu par l'estomac mais seulement ce qui ne l'est pas et jusqu'à ce que cela le devienne). De même doit-il en être de la matrice, pour que toute chose, parfaitement, atteigne sa cuisson naturelle et s'achève selon l'ordre de la Nature.

A présent, notez cette addition : que soient pris des remèdes idoines pour la digestion de l'estomac et des intestins ; item pour la matrice. Remèdes qu'il n'est pas utile de présenter ici car, comme je l'imagine, vous les connaissez suffisamment.

Il en va de même pour la suffocation de lα matrice (Voir à ce sujet le traité de la Matrice de Paracelse (in Œuvres Médico-chimiques ou Paradoxes, traduction Grillot de Givry. Sebastiani, 1975)). Je ne parle que du lieu où elle veut aller. On doit la tirer par dessous, au moyen du ventre de l'aimant, lequel, en cet endroit, doit regarder en haut et être placé en dessous, le dos au-dessus. Ainsi la matrice reste en son centre et ne s'élève pas. Ramenée en son centre, il s'ensuit qu'il faut utiliser des médica­ments qui lui sont propres comme Mica nigra, Corallo‑ rum perlae et autres semblables. Alors, plus rien n'arrive et la cure est parfaite.

Pareillement devez-vous comprendre dans l'épilep­sie et toutes ses espèces. A savoir, d'où elle monte et comment elle va vers le sommet de la tête. Il faut pla­cer l' aimant ventre en bas et dos en haut, et tirer avec le dos ; et non seulement à un endroit mais au plus bas de toutes les branches de l'homme (Les branches de l'homme : ses extrémités, bras et jambes.) les ventres posés sur les quatre voies (Les quatre voies qui ont leur extrémité dans les quatre membres), mais un seul dos pour ces quatre. La maladie est alors chassée de la tête vers le centre.

Voici l'addition employer Triagummatum"( Mixture composée de galbanum, de bedellium et d'opopanax) pour corroborer de l'extérieur ; donner ensuite l'Esse essen­sificatum et conforter le coeur. Ainsi vous, médecins et non médecins, vous devez savoir et comprendre que de cette façon, toute épilepsie sera guérie chez les vieux et les jeunes. Et ce paragraphe est plus important que tout ce que les humoralistes, les premiers comme ceux d'aujourd'hui, ont pu écrire ou enseigner pendant toute leur vie dans leurs académies ! Et si tous ces médecins avaient été plus honnêtes et plus doctes, au lieu de dispenser des commérages de cuisine sans suite et sans ori­ginalité, et ne s'étaient servis que de l'aimant, ils eussent obtenu davantage que tous les radoteurs des aca­démies. Il y a suffisamment d'aimants en Allemagne, or ils veulent en faire venir par mer d'autres pays, ne voyant pas les remèdes devant leur porte. Ils sont presbytes, négligent tout, ne connaissant rien au-delà des mers ni ici : leurs discours vides le prouvent !

Le même genre de traitement est aussi valable pour faire passer un spasme. S'il n'est pas localisé, il faut alors appliquer l'Oleum salis. Agir de la même façon avec le dos de l'aimant en cas de tétanos. C'est le meil­leur remède contre le spasme, surtout chez les femmes enceintes.

Nombreux sont les médecins des temps anciens et nombreux leurs successeurs qui ont parlé des écoule­ments venant des yeux, des oreilles, de la bouche, des membres extérieurs, etc. Ils ont pratiqué des émonctoi­res et une sortie telle que les fistules, trous et ulcères en font. En vérité, l'entreprise des anciens n'est rien qu'un boudin ! Jamais ils n'ont pensé ni n'ont parlé du principe fondamental qui est de ramener [le mal] en son centre. Ils n'ont agi que par purges et clystères. Le premier et principal remède pour faire bouger les écoulements est l'aimant. En fonction de la nature du lieu, il doit être posé le dos vers le centre et le ventre vers le centre. Ainsi, tout écoulement vient en son cen­tre, peu importe son émonctoire. En ce même centre, il doit être rectifié, digéré et mûri, puis, une fois mûr, chassé du centre. Prenez donc garde, vous qui vous éga­rez en médecine, puisque vous voulez inverser les flux quand ils ne sont pas mûrs ! Or, il n'est pas un flux qui se laisse pousser d'un lieu à un autre à moins qu'il n'ait mûri en son lieu d'origine. A vous d'apprécier comment voulez-vous amener le flux en son lieu d'ori­gine ? En purgeant ? C'est impossible. Vous ne l'amè­nerez pas plus loin que dans le cul et hors du cul, immature et au mauvais moment ! Vous gâchez ainsi les maladies. Voici donc l'addition : quand l'écoulement est dans son lieu d'origine, qu'il soit conduit à matu­rité. Cette maturation se fait grâce à l'Esse essensifica­tum issu des pierres de vin, selon la préparation indi­quée dans le Lumen Expertum. C'est ainsi que doivent être guéris les ulcères aux jambes, le cancer et autres maladies semblables, les fistules, etc., à l'exception de Noli me tangere (Nom donné à certains ulcères cancéreux qu'on irrite quand on les touche au lieu de les guérir) et de Tentigo prava (De tentigo, priapisme, et de grava, pervers), où qu'ils se situent dans le corps.

Ceci vaut aussi pour arrêter le sang. D'où qu'il vienne, il faut toujours prendre le centre du point de départ ; et l'on doit diriger le ventre de l'aimant de façon à ce qu'il tire à lui le sang ; et le dos à l'endroit où il le pousse.

Suivent à présent les additions : administrer les potions opportunes afin de ramener le sang en son cen­tre. Il en résulte une colère et une ébullition qui res­semblent à une eau qui bout dans une marmite et qu'on doit refroidir ; alors, elle s'apaise. De même dans le cas mentionné. Selon moi, il faut y ajouter de l'Aqua cordis. Un autre médecin aura recours à son expérience, chacun est libre de le faire. Que peut entreprendre un médecin qui n'a aucune expérience et n'est capable de rien ? Son seul art consiste à copier des livres déjà copiés et qui n'ont jamais eu de fondement.

Même chose pour guérir les hémorroïdes. Car sans cette méthode — maturation et réfrigération — il n'y a pas de cure parfaite ; tout est scellé avec du friable, à la manière des autres scribes dans tous leurs faits et gestes.

Il m'a plu d'écrire sur les aimants en me fondant sur la Nature et ses pouvoirs, comme la Nature elle-même l'indique et le prouve. Puisqu'elle se livre elle-même et révèle ses opérations, pourquoi donc ceux à qui sont confiées les facultés médicales ne veulent-ils pas commencer à creuser l'expérience ? Car là où s'arrête le philosophe commence le médecin. N'est-ce point le véritable philosophe qui sait ce que l'aimant lui mon­tre ? Après lui, lorsqu'il s'arrête, le médecin ne devrait-il point prendre le relais, comme il sied à un médecin ? La Nature fait un arbre. Lors, elle cesse d'agir en tant que philosophe. Quelle est la suite ? Le charpentier. Là où elle s'arrête commence le charpentier. Ce dernier fera de l'arbre une maison ; un menuisier fera une auge ; un tourneur un gobelet ; un sculpteur une figure.

Tel est le devoir du médecin qui doit suivre cette indica­tion et l'étendre plus loin, suivant ce que contient la démonstration de la Nature. Celle-ci donne des instruc­tions pour approfondir cela, tel un arbre qui est bon à beaucoup de choses et non pas à une seule. II en va de même pour les remèdes : il faut étendre une chose à toutes les maladies. L'aimant, en effet, n'est pas seu­lement bon pour les maladies mentionnées mais replace la hernie et guérit merveilleusement toutes les fractures chez les jeunes et les adultes ; il extirpe la jaunisse, retire l'hydropisie avec les additions qui lui conviennent et dont il faudrait encore beaucoup parler. Le seul procédé est d'attirer et de pousser, de digérer à l'endroit approprié, de consolider la hernie in didymo (Du grec didymus, double. Nom des testicules), etc. Mais comme tout cela est clair dans la pratique, inutile de le mâcher pour l'introduire dans la gueule des ignares.



Ora et Labora
Amitiés
Arbus
_________________
Ora et Labora



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Message Posté le : Jeu 27 Aoû - 15:57 (2015)    Sujet du message : Publicité

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